Fonds Jean Dieuzaide

Un fonds de 500 000 documents

Le fonds Jean Dieuzaide, riche de près de 500 000 documents, offre un témoignage exceptionnel sur la seconde moitié du XXe siècle en France et en Europe du Sud. En 60 ans d’activité, Jean Dieuzaide s’est intéressé tant à l’humain qu’à ses réalisations : événements sportifs, culturels, économiques, politiques et religieux, industries, architecture, urbanisme et patrimoine, ruralité et évènements privés, sans oublier ses recherches personnelles. Sa production immense était destinée à la presse, à l’édition, à la communication des entreprises ou des institutions. Il l’a également fait connaître par de nombreuses expositions et publications personnelles et collectives.

En parallèle, Jean Dieuzaide s’est durablement investi pour que la photographie française accède à une reconnaissance institutionnelle et rayonne à travers le monde. Il a créé la première galerie publique exclusivement dédiée à l’exposition de photographies en France, le Château d’Eau, tout en participant de près à l’organisation des Rencontres internationales d’Arles. Cet engagement est très largement documenté avec plus de 30 000 images. Sa vie et son œuvre sont indissociables, chacune ayant alimenté l’autre.

En septembre 2016, la Mairie de Toulouse acquiert la plus grande partie de son fonds photographique et artistique auprès de ses ayants droits. Ce sont les Archives qui en assurent la gestion et la conservation : albums, tirages de travail et d’exposition, négatifs, diapositives, ouvrages et périodiques occupent plus de 300 mètres linéaires.


L’homme

Jean Dieuzaide : repères biographiques

L’enfance de Jean Dieuzaide, né en 1921 à Grenade-sur-Garonne, est marquée par le décès soudain d’un père aimant qui l’avait initié à la photographie. Adolescent, il commence à prendre, développer et vendre des images. Également passionné d’aéromodélisme, il se rêve en pilote mais un épisode de maladie brise cet élan et l’oblige à une convalescence dans la ferme familiale du Gers, où se manifeste son intérêt pour le monde paysan. La photographie, l’aéronautique et la ruralité lui resteront chevillées au corps.

Enrôlé dans les Chantiers de jeunesse en 1942, il y est photo-reporter et c’est à ce titre qu’il couvre la libération de Toulouse en août 1944. Mais sa carrière décolle quelques semaines plus tard, en réussissant un portrait du général de Gaulle à la volée qu’il vend aux préfectures et à la Présidence du conseil et qui devient l’une des premières photographies officielles du chef d’État.

Jean Dieuzaide, 1952. André Cros – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi188/nc/JD129bis.

Peu après son mariage en 1950, il commence à mettre en place, avec son épouse, une solide équipe de production. Jacqueline assure le classement et la documentation, qui permettent l’accès à l’œuvre, Jean organise les prises de vues, supervise le travail de laboratoire et nourrit les liens avec les commanditaires : journaux, éditeurs, institutions, industriels, architectes, collectionneurs.

En plus d’une activité foisonnante, il a également une fonction prépondérante dans la promotion de la photographie. Dès 1946, Germaine Chaumel introduit Jean Dieuzaide dans le Cercle des XII. Deux ans plus tard, Lucien Lorelle le fait entrer dans le Groupe des XV. Il participe également au groupe Les 30×40, au Groupe Libre Expression, aux rencontres de Lure à Lurs, et participe à la création des Rencontres de la Photographie d’Arles. En 1974, il crée la galerie du Château d’Eau à Toulouse, alors premier lieu d’exposition en France exclusivement dédié à la photographie.

En 1971 un grave accident de voiture survient peu après le décès de sa mère. Il est immobilisé plusieurs mois. Pendant sa convalescence, il décide de ne plus utiliser que son nom de naissance et d’abandonner le pseudonyme « Yan » avec lequel il s’était fait connaître, sa famille désapprouvant le métier de photographe.

Jean Dieuzaide : profession photographe

Le général Charles de Gaulle, Toulouse, place du Capitole, 16 septembre 1944. Jean Dieuzaide – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi1/280.

Pendant les Trente Glorieuses, Jean Dieuzaide diversifie son activité. D’abord photographe de presse, il couvre surtout les évènements publics et sportifs du grand Sud-Ouest. André Cros, qui l’accompagne pendant 16 ans, est le premier à rejoindre une équipe qui comptera jusqu’à 8 personnes. L’atelier devient un centre de production très organisé et un laboratoire reconnu.

La notoriété de Jean Dieuzaide progresse rapidement. Inventif, réactif, il s’intéresse à l’innovation scientifique et industrielle, à l’aéronautique, au monde rural, aux artistes et la musique, à l’architecture, mais aussi à la défense de sa profession. Des réseaux se tissent et son carnet de commandes se remplit, apportant de nouveaux marchés qui lui permettent d’élargir ses domaines d’activité et ses compétences.

Sensible aux formes graphiques, aux matières, à la lumière, il constitue la série des « Artistiques », qu’il enrichit au cours de ses reportages professionnels, de sa vie quotidienne ou lors de créneaux spécifiques d’expérimentation. Cette collection est restée propriété des ayants droit du photographe.

Jean Dieuzaide : un engagement sans faille pour la photographie

Jean Dieuzaide comprend tôt que la reconnaissance de la photographie en tant qu’art dépend des sujets que cette dernière traite, de ses qualités esthétiques et techniques, mais aussi de sa diffusion. Il se met au service de sa valorisation dès qu’il rejoint le Cercle des XII et conserve sa vie durant la même volonté de la voir rayonner. Il s’implique aux côtés de l’équipe fondatrice des Rencontres d’Arles puis dans la création de la galerie du Château d’Eau à Toulouse, les deux foyers précurseurs du développement de l’exposition photographique en France dans les années 1970. Pendant les premières années, il n’hésite pas à assurer seul la production et la régie des expositions, sur ses fonds propres, en mettant son personnel à contribution. Ses 20 années de direction artistique lui donnent l’opportunité de promouvoir le travail de près de 200 photographes d’horizons variés, jeunes ou reconnus, régionaux ou basés à l’étranger.

Jacqueline Dieuzaide, bureau rue Joutx-Aigues, 1957. Jean Dieuzaide – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi/nc/JD222.

À la même période, la photographie en couleur prend de l’ampleur et commence à supplanter le noir et blanc. L’industrie des papiers photographiques va dans ce sens et réduit son offre. Le papier baryté étant menacé de disparition, Jean Dieuzaide s’engage dans un combat pour le maintien de sa fabrication. Ses arguments ont gain de cause et l’on continue de trouver aujourd’hui, ces papiers aux riches gammes de gris et aux noirs profonds.

L’œuvre – Photographier le monde

Le respect du plan de classement originel de Jean Dieuzaide permet d’appréhender rapidement la plupart des thématiques qu’il a abordées. Les albums non encore numérisés sont consultables sur rendez-vous aux Archives.

Le début de carrière de Jean Dieuzaide est surtout constitué de piges sur des évènements sportifs, politiques, culturels et religieux. La collection d’albums « Reportages » est la première qu’il a constituée, pour faciliter l’accès à son travail et lui assurer une meilleure visibilité.

Plan de classement

Profondément attaché à Toulouse et au Sud-Ouest, Jean Dieuzaide refuse de « monter faire carrière à Paris ». En soixante années d’exercice, il a suivi l’évolution de sa ville comme aucun autre photographe. Neuf albums « Toulouse » contiennent plus de 6 500 clichés, classés selon les contextes de production :

  • Vues aériennes
  • Jardins, places, ponts, scènes vivantes
  • Vues générales, hôtels et rues
  • Musées et archives
  • Musées Labit et Dupuy
  • Musée des Augustins, peintures et artothèque
  • Musée des Augustins, sculptures et vues générales
  • Églises
  • Scènes vivantes

De nombreuses autres images sur la thématique toulousaine, issues du travail de commande de Jean Dieuzaide, sont visibles dans la thématique « Clients ». Ce qui concerne le Château d’Eau se trouve dans la thématique « Photographes ».

En 1950, à l’occasion d’une exposition du Groupe des XV, Jean Dieuzaide rencontre l’éditeur Benjamin Arthaud qui prépare un ouvrage sur la Gascogne. La sélection d’images que le photographe propose peu après illustreront la publication. Cette collaboration marque le début d’une nouvelle activité orientée sur le tourisme et le patrimoine que Jean Dieuzaide mènera près de deux décennies avec plusieurs maisons d’éditions en France et en Europe du sud entre 1950 et 1970 (Arthaud, Alpina « La France illustrée », La France à table, la Documentation française, Zodiaque). Son travail sur la Catalogne romane avec Dom Angelico Surchamp lui vaudra le prestigieux prix Nadar dès 1961.

Plus jeune, Jean Dieuzaide rêvait d’être pilote. Il en a conservé une passion pour les vues aériennes, très présentes dans son travail. En 1978 une campagne spécifique sur Toulouse génère près de 1500 vues. La plupart des photographies publiées dans Toulouse vue par les oiseaux en 1991 est issue de cette série.

Les travaux de commande sont une partie moins connue de l’œuvre de Jean Dieuzaide. Si certaines images ont déjà rencontré un succès, notamment ses vues d’architecture, l’ensemble de la collection présente aussi un intérêt documentaire sur la vie économique et industrielle des années 1950-1970.

Architectes, entrepreneurs en bâtiment et travaux publics, municipalités, institutions culturelles, scientifiques et religieuses, université, industriels, petites entreprises : Jean Dieuzaide a travaillé pour près de 750 clients, dont la ville de Toulouse, Motorola, le Grenier de Toulouse et l’architecte Jean Majorel. Se trouvent également dans cette section les travaux réalisés pour Air France, la Chambre de commerce, EDF, l’ENSEEIHT, Pierre Lafitte, l’entreprise Loupiac, Bréguet, Castella & Fiorio, Epargne, Shell, Heurtey, Job, etc.

De nombreuses planches de contacts existent et sont consultables sur rendez-vous aux Archives.

Jean Dieuzaide, qui se revendiquait artisan, avait un engouement pour les processus de création et se montrait attaché aux matières et aux gestes. Il a photographié les artistes en activité dans leurs ateliers, illustrant leur rapport aux matériaux, les vernissages et représentations publiques, ainsi que les œuvres achevées. Peintres, sculpteurs et musiciens font l’objet de plusieurs albums.

Tout au long de sa vie, Jean Dieuzaide a eu à cœur de valoriser sa profession. Il s’est très tôt saisi du rôle de défenseur, avec d’autres, en favorisant les relations entre photographes et dans le milieu de la photographie. Des photo-clubs aux groupements de professionnels, il a organisé des rencontres, participé à des conférences, donné des formations, il s’est battu pour le maintien de la fabrication du papier baryté et il a mené des actions auprès d’institutions politiques et culturelles.

Par ces activités, il s’est investi pour la reconnaissance de la photographie en tant qu’art et a joué un rôle primordial dans son implantation dans le sud de la France dès les années 1970, avec les Rencontres d’Arles et la galerie du Château d’eau à Toulouse.

Les albums « Photographes » regroupent les images prises à Arles de 1972 à 1991 : débats, rencontres et moments conviviaux ; ils contiennent aussi les vues des expositions à la galerie du Château d’eau : vernissages, accrochages et reproductions, par ordre alphabétique des photographes.

Le début de carrière de Jean Dieuzaide a été marqué par le photojournalisme, notamment sportif. Il couvrait les compétitions du week-end et envoyait ses images par le train puis par bélinographe pour les éditions du lundi. Il ne manquait pas non plus un reportage à réaliser sur des stars du moment, comme Alfred Nakache, Yves Bergougnan ou Juan Manuel Fangio, dans des moments de détente ou à l’entraînement. L’album « Sports » est classé par discipline. Il compile des vues classées dans cette thématique dès la prise de vues et d’autres issues des « Reportages ».

André Cros a photographié avec Jean Dieuzaide l’activité sportive jusque dans les années 1970. Il a récupéré une partie des négatifs qu’il avait réalisés alors et en a fait don aux Archives. Les images de ce fonds sont numérisées et disponibles sur la base de données.

Bélinographe : appareil permettant la transmission à distance d’images fixes par circuit téléphonique ou radio.

La création d’une catégorie « Agriculture » dans la classification de Jean Dieuzaide témoigne de l’intérêt qu’il portait à ce secteur d’activité. Chaque région ou pays qu’il a parcouru pendant les années 1950-1970 a été l’occasion pour lui de documenter les travaux saisonniers et l’activité humaine et animale.

Il a compilé dans deux albums « Agriculture » des photographies classées sous cette thématique et d’autres issues des « Reportages », « Régions », « Pays » et « Clients », afin d’en faciliter l’accès.


L’actualité – Dieuzaide aujourd’hui

Depuis le 16 septembre 2016, la Mairie de Toulouse est propriétaire de la plus grande partie du fonds photographique de Jean Dieuzaide. Elle est désormais responsable de la préservation de ce patrimoine exceptionnel et de sa mise à disposition du public.

Conservé aux Archives dans des locaux adaptés, ses albums, négatifs et tirages occupent 84 mètres d’étagères. Les reportages sont repris un à un, décrits, contextualisés, indexés, numérisés et publiés sur la base en ligne. Au total, ce sont près de 200 albums et classeurs qui seront diffusés progressivement. Tout ce qui n’est pas encore mis en ligne reste consultable dans nos locaux, sur rendez-vous.

À l’occasion du 80e anniversaire de la Libération, la ville de Toulouse met à l’honneur ce grand témoin. Le 19 août 1944, alors jeune homme de 23 ans, il arpente les rues de Toulouse : les Allemands partent, les Résistants les pourchassent, les Toulousains sortent dans les rues. Cet instant de bascule va être décisif pour le futur « Yan » qui se lance dans la carrière de photographe et sillonne le Grand Sud de la France libérée. De Toulouse à Marseille, de Lyon à Bordeaux, jusqu’aux villages martyrs de Rimont et d’Oradour-sur-Glane, son regard rend compte tant des stigmates de l’Occupation que du grand espoir qui se lève.

L’exposition, composée de panneaux imprimés montés en cinq cubes présentant près de 80 photographies, est installée sur le parvis de la gare Matabiau du 15 août au 22 septembre 2024. Un ouvrage éponyme est publié aux éditions Privat.

Pour célébrer le centenaire de la naissance de Jean Dieuzaide, les Archives et la Mairie de Toulouse organisent une exposition sur l’espace public, relayée sur Urban-Hist.toulouse.fr via des QR Codes, suivie d’une rétrospective au réfectoire du couvent des Jacobins jusqu’en mars 2022. Dix lieux emblématiques de la ville accueillent une trentaine de tirages grand format. Des vues remarquables du marché Victor-Hugo, des allées Jean-Jaurès et du marché des Carmes témoignent du développement urbanistique et économique de Toulouse au cours des 60 ans de carrière du photographe.

Dans le cadre des célébrations du 80e anniversaire de la Retirada, les Archives mettent en lumière quatre regards de photographes sur l’exil des républicains espagnols : Jean Dieuzaide, Germaine Chaumel, Enrique Tapia Jimenez et Marius Bergé. Témoins et parfois acteurs, ils ont immortalisé la détresse, mais aussi la dignité et la résilience de ces populations déracinées. Exposition présentée au jardin Raymond VI jusqu’au 15 novembre.

Exposition sur l’histoire de l’immigration maghrébine à Toulouse à la médiathèque José Cabanis. Si Jean Dieuzaide ne s’est pas spécialement attaché au thème de la présence maghrébine et des migrations, il s’est intéressé à l’humain ainsi qu’à son environnement urbain : des spahis marocains présentant les armes en août 1944 aux chantiers de construction des grands ensembles, hommes et femmes de toutes origines, vivant ou travaillant à Toulouse, ont été photographiés.

Le premier album du fonds photographique Jean Dieuzaide est accessible en ligne. On y trouve notamment les clichés réalisés lors de la journée du 19 août 1944 et ceux couvrant la venue du général de Gaulle à Toulouse le 16 septembre 1944.

Le fonds Jean Dieuzaide compte plusieurs milliers de tirages noir et blanc, en très grande majorité des tirages de presse au format 18 × 24 cm, mais aussi quelques dizaines de photographies de collection ou d’exposition, aux formats 30 × 40 cm et 50 × 60 cm. Le verso de ces images porte souvent la mention du papier utilisé, marquant l’importance qu’y accordait Jean Dieuzaide.

Jusqu’au début des années 1990, le papier de prédilection de l’atelier Dieuzaide était l’AGFA 111 Record Rapid brillant, papier baryté, pour ses tons chauds, ses nuances, la profondeur de ses noirs et la tenue de ses blancs dans le temps. Au milieu des années 1970, Kodak met au point un nouveau papier RC (resin coated) et les fabricants envisagent d’arrêter la production du baryté. Scandalisé, Jean Dieuzaide s’oppose à cette mort programmée et rallie à sa cause le monde de la photographie. Il obtient gain de cause : on fabrique encore aujourd’hui du papier baryté.

Papier baryté : papier à fibres de bois, utilisé en photographie noir et blanc pour ses qualités de rendu tonal et sa longévité. Papier RC (resin coated) : papier plastifié, plus rapide à sécher mais avec des qualités différentes.

Le fonds Dieuzaide est conservé dans le magasin à atmosphère spécialement régulée des Archives. Pour comprendre le processus de traitement, voici les étapes qui permettent de rendre accessibles l’ensemble des photographies réalisées entre 1944 et 2001 :

  • Cotation manuelle de tous les contacts collés dans les albums, avec relevé de l’ensemble des informations notées par le photographe et son équipe ;
  • Numérisation des pages – étape-clé de la conservation, permettant d’avoir de moins en moins recours à la manipulation physique des albums, fragilisés par des années de consultation ;
  • Création de notices selon les normes de description archivistique – chaque image possède sa propre fiche, rédigée après des recherches documentant le contexte de production et le contenu du reportage ;
  • Alimentation des index de la base de données pour permettre plusieurs modes de recherche ;
  • Mise en ligne en dernier, lorsque l’album est entièrement traité – il est alors possible de le feuilleter et d’en consulter chaque image.

Dès ses débuts, Jean Dieuzaide a cherché à rendre son travail accessible en l’organisant en albums chronologiques et thématiques. C’est précisément cet outil de recherche que les Archives mettent progressivement à la disposition du public.

Collections extérieures

  • Collection Sud Aviation – images issues des commandes industrielles liées à l’aéronautique.
  • Collection des Rencontres d’Arles – archives photographiques des premières éditions