Témoignages
Trois formes de témoignages
Les Archives conservent des témoignages recueillis ou collectés au fil des années : des messages déposés dans la rue au lendemain d’événements tragiques, des récits de vie filmés auprès d’habitants et de professionnels, et des enquêtes sonores au long cours. Chacun se consulte différemment.
Témoignages écrits
Les messages déposés place du Capitole après les attentats de 2015.
Témoignages filmés
Vingt-deux récits de vie et de carrière, sur cinq thématiques.
Témoignages sonores
Cinquante ans de restauration des Jacobins, racontés par Maurice Prin.
Les témoignages écrits
Les attentats de 2015
En janvier et en novembre 2015, la France a été touchée par une série d’attaques terroristes meurtrières qui a entraîné de fortes mobilisations citoyennes et le dépôt, devant des lieux symboliques, de témoignages que certains services d’Archives ont collectés.
À Toulouse, les agents des Archives sont intervenus place du Capitole les 16 janvier et 23 novembre 2015. Les quatre étapes ci-dessous retracent le travail mené sur ces documents, de leur sauvetage à leur mise en ligne.

Le 7 janvier à Paris, le journal Charlie Hebdo est la cible d’une première attaque revendiquée par Al-Qaïda qui cause la mort de 12 personnes dont les dessinateurs Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski et l’économiste toulousain Bernard Maris. Le 8 janvier, un terroriste se réclamant de l’État islamique tue une policière à Montrouge et 4 personnes, le lendemain, lors d’une prise d’otages dans une épicerie casher de la porte de Vincennes.
Dans la soirée du 13 novembre, une seconde série d’attaques a lieu à Saint-Denis et Paris. Ces attentats, qui ont entraîné la mort de 130 personnes et fait 413 blessés, sont les plus sanglants perpétrés en France depuis des décennies.
Des rassemblements spontanés se déroulent en France et à l’étranger. Les marches des 10 et 11 janvier réunissent en France 4 millions de personnes, faisant de cette mobilisation la plus importante de l’histoire française contemporaine. Sur les lieux des attentats et devant les mairies, des particuliers déposent des messages, allument des bougies, érigeant des mémoriaux éphémères où ils se recueillent.
Réalisées dans l’urgence, en dehors des règles habituelles, sans document pour les encadrer, ces collectes revêtent un caractère hors norme. Initiées par le maire de Toulouse pour sauver la mémoire de ces mouvements de solidarité, elles ont été menées les 16 janvier et 23 novembre 2015, place du Capitole, par les agents des Archives municipales.
En janvier, la collecte de « Charlie », qui s’est déroulée en deux heures sous la pluie avant que les documents ne se dégradent trop, tenait du sauvetage. Détrempés, piétinés, les témoignages n’ont pas tous pu être récupérés. La sélection s’est faite en amont et en aval de la collecte selon deux critères : l’originalité et l’état des documents.

Aux collectes réalisées dans l’urgence a succédé un temps plus long : celui de la restauration et du conditionnement des différents témoignages récupérés.
État des lieux. Sur 511 documents collectés après les attentats de janvier, 420 ont été conservés, certains étant trop endommagés pour être restaurés. En novembre, la pluie et la cire des nombreuses bougies disposées à leurs côtés ayant fortement abîmé les messages, seuls 279 ont pu être récupérés.
Des témoignages matériellement hétéroclites. Composés essentiellement de messages écrits sur des feuilles de papier, des cartes ou du carton, souvent de récupération, ces fonds comprennent aussi des dessins, des photographies, des peintures et quelques objets : banderoles, bougie, crayons, drapeau, galets, tee-shirt, robe, sculpture.
Des témoignages à restaurer. Si la collecte a été un travail d’équipe, la restauration a été confiée à la restauratrice des Archives, Alice Kerlo. Sa première action a été de séparer les objets puis de faire sécher les documents détrempés en utilisant du papier buvard quand l’encre commençait à couler. Ensuite, elle a entrepris la restauration des pièces déchirées, froissées ou abîmées par la présence d’adhésif : il s’agissait d’ôter délicatement, à l’aide d’une spatule chauffante, le scotch qui à terme risquait de les détériorer, pour le remplacer par du papier Japon en fibres de cellulose.
Des conditions de conservation spécifiques. Une fois restaurés, les témoignages ont été conditionnés dans des pochettes en polyester neutre protégées dans des boîtes et stockées dans des tiroirs, à l’abri de la lumière et de la poussière, dans une pièce dont l’hygrométrie et la température sont en permanence contrôlées.
Les campagnes photographiques. Les témoignages ont fait l’objet de campagnes photographiques in situ. Ces prises de vue ont permis de conserver une trace des documents trop dégradés ou éphémères pour être récupérés : messages laissés à la craie, installations de bougies, fleurs.

Après les phases de restauration, de conditionnement et de numérisation, a débuté le traitement documentaire des témoignages, qui a fait surgir plusieurs questions et exigé de faire des choix.
Archives ou documentation ? L’un des critères de sélection lors des collectes étant l’originalité des pièces, leur caractère unique, on peut parler d’archives à leur sujet.
Fonds ou documents isolés ? Ces productions individuelles résultant d’un geste collectif, d’une volonté commune de rendre hommage, elles ont été classées dans deux fonds.
Archives privées ou publiques ? Ces documents émanent de producteurs privés mais ont été collectés à la demande du cabinet du maire. Les considérant comme un don de la population à la mairie, les Archives municipales de Toulouse ont opté pour un classement en archives privées ; celles de Rennes ont opté pour un classement en archives publiques.
Documents manuscrits, iconographiques, objets ? Les archivistes ont décidé de traiter l’ensemble de ces témoignages hétéroclites comme des documents iconographiques. L’analyse des documents figurés est en effet plus détaillée : elle offre au public une description plus fine et précise.
Une fois numérisés et décrits dans des notices documentaires détaillées, les témoignages ont pu être communiqués au public via la base de données des Archives, consultable en ligne.
Comme l’explique Catherine Bernard, directrice adjointe des Archives de Toulouse, en collectant ces témoignages, il s’agissait de s’inscrire dans la continuité de ce geste citoyen, de relayer cet hommage collectif de la population aux victimes des attentats. En ce sens, le site internet des Archives est un peu comme la façade virtuelle du Capitole sur laquelle ces témoignages continuent d’être exposés.
Ces témoignages permettront aux chercheurs de demain de reconstituer le récit historique de ces mouvements exceptionnels de solidarité, et au public d’en garder la mémoire. Une copie numérique des messages collectés en janvier a été transmise à l’université américaine d’Harvard, qui constitue un fonds international d’Archives Charlie.
Deux fonds, deux voix
Je suis Charlie (76Fi)
511 documents collectés, 420 conservés.
Composé de nombreux dessins, ce fonds est plus graphique. Il est le reflet d’une société attaquée dans ses valeurs — liberté d’expression et de la presse, laïcité, démocratie — qui sont ici défendues.
13 novembre 2015 (79Fi)
279 documents récupérés.
Plus partiel, essentiellement constitué de messages textuels, ce fonds traduit davantage la sidération d’un peuple touché dans son cœur, qui adresse ses prières et son soutien aux victimes, à leurs familles et aux Parisiens.
Droits d’auteur et vie privée
Ces documents émanent de producteurs privés multiples et sont, pour la plupart, anonymes. Considérant qu’ils ont été produits et déposés devant la mairie pour témoigner et être lus de tous, il a été décidé de les communiquer, afin de prolonger cette volonté de visibilité.
À l’inverse, afin de protéger la vie privée, seuls les noms complets des auteurs et personnalités publics apparaissent à l’image, dans les analyses et dans l’indexation. Les informations personnelles des producteurs privés — patronyme, adresse, téléphone — ont été volontairement occultées.
Sur demande justifiée et conformément au code de la propriété intellectuelle, la paternité d’une œuvre pourra être ajoutée ou un document retiré.
Les témoignages filmés
Récits de vie d’habitants, mémoire de l’exil, parcours professionnels : vingt-deux témoignages recueillis par les Archives municipales ou par leurs partenaires. Chaque témoin est accompagné de sa notice documentaire.
Les Archives municipales ont souhaité s’intéresser aux différents quartiers de Toulouse, en commençant par Marengo, quartier voisin du bâtiment des Archives. Ces témoignages recueillent des récits de vie d’habitants et donnent à comprendre la vie du quartier, passée et présente, « de l’intérieur ». Les cinq témoins ont été contactés par le biais de l’association des Quartiers Marengo-Jolimont-La Colonne.
- Ginette Brien — habitante du quartier du Cimetière depuis 24 ans, présidente du club senior du quartier. Voir le témoignage · notice
- Élisabeth Hatey — ancienne présidente de l’association de quartier Marengo-Jolimont-La Colonne de 2007 à 2012. Voir le témoignage · notice
- Roland Murat — habitant du quartier depuis 1960, historien du quartier, président de la fédération du théâtre amateur de Midi-Pyrénées, créateur du « théâtre clandestin » et du « théâtre de l’écluse ». Voir le témoignage · notice
- René Prisque — habitant du quartier, et plus particulièrement de La Juncasse, depuis son enfance ; s’occupe des chats du quartier au sein de l’École du chat libre. Voir le témoignage · notice
- Jean-Luc Zitter — habitant du quartier depuis 1980, président de l’association de quartier Marengo-Jolimont-La Colonne. Voir le témoignage · notice
Récits de l’exil vus par des réfugiés espagnols ou des enfants d’exilés, collectés au lendemain du 80e anniversaire de la Retirada. Ces témoignages ont également été l’occasion de poser la question de la transmission et de la mémoire de l’exil républicain espagnol.
- Jeanne Arnal — fille d’exilé espagnol, directrice de crèches à la retraite, membre du Centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol. Voir le témoignage · notice
- Jean-Marie Echaniz — exilé espagnol, maître verrier retraité (atelier Echaniz). Voir le témoignage · notice
- Placer Marey-Thibon — fille d’exilés espagnols, maîtresse de conférences retraitée au département d’études hispaniques et hispano-américaines de l’université Jean-Jaurès, présidente du Centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol depuis 2008. Voir le témoignage · notice
- Francisca Munoz — exilée espagnole, cadre retraitée du tertiaire. Voir le témoignage · notice
- Henri Tapia — fils d’exilés espagnols, retraité de l’industrie. Voir le témoignage · notice
Quatre témoins racontent leur rencontre avec Jean Dieuzaide et l’histoire de l’atelier et du Château d’Eau, ainsi que leur vision du photographe. Ils décrivent des traits de sa personnalité et quelques anecdotes, son combat pour défendre la photographie, la qualité de son œuvre, la place cruciale qu’occupait la photographie dans sa vie.
- André Cros — photographe, collaborateur de Jean Dieuzaide (1945-1961) puis photoreporter à Sud-Ouest (1961-1988). Voir la notice
- Gisèle Nicolas — secrétaire de Jean Dieuzaide puis du Château d’Eau (1957-2000). Voir la notice
- Théo Caddau — tireur de Jean Dieuzaide puis régisseur au Château d’Eau (1968-2009). Voir la notice
- Thérèse Money — tireuse à l’atelier Jean Dieuzaide de 1989 à 2016. Voir la notice
Anciens salariés, délégués syndicaux, responsables associatifs et institutionnels racontent l’usine, sa fermeture et la transformation du site en équipement culturel.
- Fernando Dacosta — ancien salarié de JOB. Voir la notice
- Fabienne Léguevaques — responsable de l’Espace JOB. Voir la notice
- Dominique Maréchau — inspecteur du travail. Voir la notice
- Bernard Margras — ancien salarié et délégué syndical CGT de l’usine JOB. Voir la notice
- Maïté Marin — ancienne analyste de gestion de l’usine JOB. Voir la notice
- Philippe Moitry — ancien salarié et délégué syndical de l’usine JOB. Voir la notice
- Anne Péré — présidente du collectif JOB. Voir la notice
Récit de carrière de Nicole Roux-Loupiac et Jean-Philippe Loupiac, architectes, fondateurs de l’Atelier 13 à Toulouse.
Les témoignages sonores — Maurice Prin et les Jacobins
Passionné d’histoire et d’archéologie, gardien puis conservateur des Jacobins, Maurice Prin a veillé pendant plus de 50 ans sur le couvent, étudiant, relevant, notant dans ses moindres détails cette architecture qu’il aima tant.
Les Archives municipales, grâce à Laura Bello, mandatée par le couvent des Jacobins, ont recueilli ses témoignages sur la restauration de l’ensemble conventuel. Quatorze reportages audio de 45 minutes chacun ont ainsi été réalisés, retraçant 50 ans d’étude et de restauration.

Confier vos témoignages
Vous détenez des documents, des photographies ou des souvenirs liés à l’histoire de Toulouse ? Les Archives peuvent les recueillir, les conserver et les rendre accessibles.
Retrouvez également les images des Archives sur Flickr, et le groupe collaboratif Témoignages des attentats.
