Archéologie

L’archéologie, une discipline en développement

Les sujets d’étude et la documentation archéologique ont beaucoup évolué entre 1855 et 1971. Étroitement liée à l’histoire de l’art au XIXe siècle, l’archéologie est devenue une discipline scientifique, se détachant progressivement de préoccupations esthétiques pour trouver ses fondements scientifiques et méthodologiques.

Fragment de mosaïques datant du Ve siècle lors des fouilles de Saint-Pierre-des-Cuisines, Dieuzaide,1965. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 77Fi27.

La Préhistoire au premier plan

La Préhistoire, qui s’invente au XIXe siècle pour partie dans les grottes du Sud-Ouest, occupe à Toulouse une place intellectuelle de choix, grâce au dynamisme de grands chercheurs : Jean-Baptiste Noulet, Édouard et Louis Lartet, Félix Garrigou, Émile Cartailhac, Félix Régnault, Henri Begouën… À la fin des années 1860, la plupart rejoignent les membres actifs de la Société archéologique du Midi de la France, fondée en 1831 à Toulouse, et lui donnent un souffle nouveau.

Une archéologie monumentale

Le 30 mars 1887, la loi sur la conservation des monuments et objets d’art entre en résonance avec les centres d’intérêt de nombreux membres de la Société archéologique. Pour ces savants, la frontière entre l’objet d’art et l’objet archéologique reste floue. Les monuments historiques et l’archéologie demeurent étroitement liés, et les sujets d’étude se diversifient lentement.

L’archéologie de terrain

À Toulouse, jusque dans les années 1940, les fouilles apparaissent de manière anecdotique dans le champ de la photographie, essentiellement celles du rempart romain en 1910, sur la place du Capitole. Pourtant, les observations archéologiques sont précoces : dès 1782, M. de Montégut publie un article sur les vestiges antiques de Toulouse. Plus tard, Théodore de Sevin fouille l’amphithéâtre de Purpan entre 1878 et 1890, et Léon Joulin fouille à la caserne Niel au début du XXe siècle. Sur cette activité, les fonds photographiques consultés restent globalement muets.

À partir du début du XXe siècle, la photographie des aménagements urbains devient une source d’information archéologique importante. Alors que la discipline connaît un déclin généralisé, conséquence en partie des deux guerres mondiales, l’évolution de la photographie et la multiplication des reportages permettent de fixer les traces de vestiges archéologiques avant leur disparition.

Vers une réglementation de l’archéologie

La loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques contenait un court chapitre « Fouilles et découvertes », mais le cadre réglementaire restait limité. C’est la loi du 27 septembre 1941 qui réglemente pour la première fois les fouilles archéologiques françaises. Ces dernières se multiplient après-guerre, mais restent l’œuvre de bénévoles. Dans Toulouse, les interventions concernent surtout les puits gaulois (structures creusées à l’époque gauloise, souvent réutilisées comme dépotoirs), l’époque antique et les édifices religieux.

La photographie de fouilles abonde à partir des années 1960. L’archéologie programmée (menée selon un plan de recherche défini à l’avance) et l’archéologie de sauvetage (menée en urgence avant des travaux) se développent dans les années 1960-1970, mais la discipline ne se professionnalisera vraiment qu’au début des années 1990. La loi sur l’archéologie préventive, promulguée le 17 janvier 2001, marque une étape majeure dans l’évolution de la discipline.

Les principaux vestiges photographiés

Les photographies qui nous sont parvenues informent sur la ville et son histoire. Certains sujets sont récurrents et communs à de nombreux fonds d’archives.

Encore visibles sur d’importantes sections, les remparts servent parfois de repère et de délimitation entre quartiers. Un plan des murs et fossés de la ville a été levé en 1778-1779. Au XIXe siècle, ce sont les parties encore visibles qui sont photographiées. En 1910, puis en 1951, dans les années 1960 et en 1971, des portions de l’enceinte antique sont mises au jour lors de travaux d’aménagement. À l’Institut Catholique, le rempart du Bas-Empire (période allant du IIIe au IVe siècle après J.-C.) fait l’objet d’une fouille à partir de 1933 et jusqu’aux années 1950.

Rempart antique lors des fouilles de la rue Sainte-Anne, 1993. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi385.

L’amphithéâtre gallo-romain est connu sous plusieurs noms : amphithéâtre de Blagnac, de Purpan, de Lardenne, de la Flambelle, d’Ancely ou de Saint-Michel-du-Touch. Décrit au moins dès 1559 et représenté sur les plans anciens, il a été fouillé pour la première fois par Théodore de Sevin dans la seconde moitié du XIXe siècle (premiers résultats publiés en 1880). Les photographies montrent ensuite des éléments de maçonnerie pris dans la végétation et un édifice progressivement dégradé. La première vue aérienne a été prise par le photographe Jean Dieuzaide en 1973. L’amphithéâtre a été classé aux Monuments historiques le 23 octobre 1974.

Les alentours de l’amphithéâtre sont d’une grande richesse archéologique. Une occupation antique y est identifiée dès 1764, et une occupation néolithique est détectée par le préhistorien Louis Méroc en 1944. Différents secteurs seront fouillés à partir de 1964 par les archéologues Georges Simonnet et Georges Baccrabère, jusqu’en 1973, au fur et à mesure des aménagements du quartier.

Amphithéâtre romain d’Ancely, vers 1910. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi766.
Fouilles archéologiques sur le site de Saint-Pierre-des-Cuisines, Dieuzaide, 1965. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 77Fi25.

Tous les édifices religieux ont fait l’objet d’une importante couverture photographique. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, on photographie façades, portails, fresques, cryptes et éléments architecturaux. À partir des années 1950, les documents photographiques illustrent des interventions plus techniques : restauration de l’église des Augustins (1950), fouilles de Maurice Prin aux Jacobins (1951), fouilles à Saint-Pierre-des-Cuisines (1964), sondages à Notre-Dame du Taur (1971).

Entre 1852 et 1971, l’habitat est abordé en archéologie comme en photographie essentiellement sous sa forme bâtie. Les clichés donnent à voir des hôtels particuliers, demeures, façades et éléments d’architecture domestique. Parfois réalisés pour des raisons esthétiques ou patrimoniales, ils deviennent de véritables témoins du passé urbain, voire constituent les derniers vestiges visuels de constructions disparues.

Conscients de la richesse architecturale de l’habitat toulousain, certains membres de sociétés savantes photographient des demeures en cours de démolition — comme le conservateur Paul Mesplé, dont la documentation est aujourd’hui conservée au musée du Vieux-Toulouse. C’est seulement après-guerre que des fouilles sont menées sur l’habitat enfoui, par exemple à la caserne Niel, à Estarac, à Saint-Michel-du-Touch et au Château de l’Hers.

Installation des canalisations place du Capitole à proximité de fouilles archéologiques, Fachinetti, vers 1910. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi234.

Jusqu’au début du XXe siècle, la Garonne apparaît sur les photographies à la fois comme un lieu de vie et de désastre, de passage, de commerce et de ressources. Les clichés de ponts, moulins, bateaux-lavoirs, dragueuses (bateaux équipés pour extraire les sédiments du fond du fleuve), habitats riverains et inondations sont remarquables. À partir du XXe siècle, les travaux de canalisation du fleuve et de renforcement des défenses contre les crues sont documentés par des reportages, qui mettent parfois au jour des édifications plus anciennes en bois.

 Pilier du vieux pont de la Daurade au milieu de la Garonne, vers 1920. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi861.

L’archéologie exposée

La diffusion des connaissances archéologiques trouve un relais important dans la photographie. Eugène Trutat écrivait déjà dans La photographie appliquée à l’archéologie que « le moment semble donc venu de donner aux archéologues une méthode simple et certaine d’utiliser dans leurs travaux les ressources puissantes de la photographie ».

Le musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, est inauguré le 24 avril 1892, après le transfert d’une partie des collections du Musée de Toulouse. Des photographies des années 1940 donnent à voir la muséographie de l’époque, c’est-à-dire la façon dont les collections étaient mises en scène et présentées au public. Les collections, qui s’enrichissent fortement entre 1892 et 1925, rassemblent des objets régionaux et nationaux allant de l’âge du Bronze à l’époque moderne, ainsi que des éléments de culture grecque, égyptienne et étrusque.

Le Musée des Augustins conserve sculptures et épigraphie (inscriptions gravées) médiévales et modernes. La Préhistoire est exposée au Muséum d’histoire naturelle, inauguré le 16 juillet 1865.