Domaine de Candie
Présentation du domaine
Le domaine de Candie se situe au sud-ouest de Toulouse, dans le quartier de Saint-Simon, à proximité de l’aéroport de Francazal et du site industriel de Thibaud. Propriété de la Ville de Toulouse depuis 1976, la régie agricole y exploite les terres pour produire du vin et des céréales.
Outre son terroir, le domaine conserve des bâtiments dont l’origine remonte pour certains au Moyen Âge : un château, une chapelle et une ferme constituent un ensemble patrimonial remarquable, aujourd’hui objet d’un programme actif d’étude et de valorisation.

Histoire du domaine et de ses propriétaires
Le château médiéval se trouvait au centre de l’ancienne seigneurie de Saint-Simon, sur laquelle s’élevait également une église paroissiale. La seigneurie est longtemps disputée entre les villes de Portet et de Toulouse.
Au XVIIIe siècle, le déplacement de l’église paroissiale vers un point plus central du quartier, décidé en 1777 et achevé en 1781 selon les plans de l’ingénieur de la Ville Étienne Carcenac, cristallise les tensions entre les habitants de la paroisse et le seigneur de Saint-Simon. Jean-François Marie de Candie, seigneur de Saint-Simon, s’oppose vivement à ce déplacement, fort mécontent de voir l’église paroissiale « depuis toujours adossée à son château » lui échapper. Il obtient finalement la création d’une nouvelle commune, Villenouvelle-Les-Saint-Simon, en 1783.

Au XIXe siècle, le domaine est toujours aux mains de la famille Candie. Les traces de deux litres funéraires encore visibles sur l’enduit extérieur de la chapelle témoignent vraisemblablement du décès de Jean-Marie Théodore Élisabeth Candie, propriétaire du domaine mort en 1867. La Ville de Toulouse acquiert le domaine en 1976.
Le château : huit siècles d’évolution architecturale
Construit à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle pour ses parties les plus anciennes, le château de Saint-Simon est un bâtiment massif entouré de douves sur deux de ses côtés. Longtemps considéré comme un château fort, les études d’archéologie du bâti menées par l’université Jean-Jaurès ont révélé qu’il s’agissait plutôt d’une demeure de plaisance, comme l’indiquent les larges baies géminées visibles dès l’origine.
La façade principale est éclairée à l’origine par six fenêtres jumelées. Le rez-de-chaussée est percé d’un portail en arc brisé orné d’un blason aujourd’hui disparu, et de petites ouvertures ressemblant à des archères. Une tour, plus haute qu’aujourd’hui, prend l’apparence d’un donjon. Ce vocabulaire militaire est toutefois contredit par la présence de grandes baies au premier étage, difficiles à défendre en cas d’attaque.
Le château se compose de deux bâtiments principaux : le corps principal pourvu d’une tour, ouvrant sur la façade sud, et un bâtiment de moindre importance sur la façade nord. Un corps de bâtiment supplémentaire est ajouté dans l’angle nord-est un peu plus tard au XIVe siècle.
À noter un système d’écoulement des eaux particulièrement élaboré : au-dessus des fenêtres, une série de trous d’évacuation, aussi appelés exutoires, est aménagée, avec à l’intérieur des briques formant des éperons dirigeant l’eau vers les orifices. Le mur se poursuivait au-dessus, masquant la toiture et renforçant l’aspect de forteresse.


Les fenêtres médiévales sont remplacées par des croisées ornées de motifs floraux caractéristiques, encore visibles aujourd’hui. La volonté d’afficher les codes de l’architecture militaire perdure : à chaque angle de la façade sud, une échauguette (petite tour en surplomb) est ajoutée. L’échauguette sud-ouest a aujourd’hui disparu ; seuls quelques vestiges subsistent à l’intérieur.
Les modifications du XIXe siècle transforment le château pour l’adapter à sa fonction de l’époque : espace de stockage de matériel et de production agricoles. La façade nord, tournée vers le domaine, devient la façade principale : un grand portail y est percé, et la construction de l’échauguette nord-ouest renforce à la fois l’aspect militaire et la symétrie de cette nouvelle façade principale.
C’est vraisemblablement à cette même époque que la nef et le transept de l’ancienne église sont démolis, transformant l’édifice en chapelle privée, et que la tour est reconvertie en pigeonnier.

La chapelle, vestige de l’ancienne église paroissiale

La chapelle actuelle est ce qui reste de l’ancienne église paroissiale de Saint-Simon, abandonnée en 1777 après la construction de la nouvelle église sur le chemin de Basso-Cambo. Seul le chevet de l’édifice a survécu ; la nef et le transept ont été détruits, et un mur a fermé l’ensemble au milieu du XIXe siècle. La vue aérienne laisse encore percevoir au sol les traces des anciens murs disparus.
La chapelle conserve plusieurs éléments patrimoniaux remarquables.
Le bas-relief du XIVe siècle
Ce bas-relief représente Le Christ au tombeau dans la vision de saint Grégoire entre la Vierge et saint Jean l’Évangéliste. L’original est conservé au musée des Augustins depuis 1978 ; une copie est installée à l’emplacement qu’il occupait vraisemblablement depuis la construction du mur pignon au milieu du XIXe siècle.

La Piéta
Cette sculpture, qui se rapproche d’un type de Vierge de Pitié de la fin du XVe siècle répandu dans la région, était placée dans une niche au-dessus de l’autel jusqu’en 1978, date à laquelle elle rejoint les collections du musée des Augustins.

Les litres funéraires
On perçoit encore sur l’enduit extérieur les traces de deux bandes noires peintes, les litres funéraires, destinées à honorer un défunt. Postérieures à 1830, elles ont vraisemblablement été apposées à l’occasion du décès de Jean-Marie Théodore Élisabeth Candie en 1867.

Un programme d’étude et de valorisation
Le château et sa chapelle font l’objet depuis quelques années d’un programme d’étude et de valorisation mené en partenariat avec l’université Jean-Jaurès, la Région Occitanie et la régie agricole. Les étudiants de licence 3 du département Histoire de l’art et Archéologie, sous la direction de Julien Foltran, ont réalisé trois dossiers d’études archéologiques en 2013, 2014 et 2015. Trois d’entre eux ont fondé l’association CASTEL, chargée de poursuivre l’étude et la promotion du site.
