Bibliothèque d’Études du Patrimoine
Un « palais pour les livres » (1928-1935)
Au tournant des années 1930, la municipalité socialiste d’Étienne Billières décide de faire de la construction d’une grande bibliothèque la pièce maîtresse de sa politique d’éducation. En 1928, elle achète le terrain de l’ancien couvent des Carmélites, dont seule la chapelle a été conservée. Pol Neveux, Inspecteur général des bibliothèques, pilote le projet.
L’architecte de la ville Jean Montariol, chargé de mener à bien cette entreprise, y voit l’occasion d’édifier son chef-d’œuvre. Les plans qu’il présente en 1929 illustrent ses conceptions fonctionnalistes : une division de l’espace par activité en trois parties — service administratif, salle de lecture, magasin des livres — à l’image des conceptions de Michel Roux-Spitz sur la répartition des espaces servants et espaces servis.

Le 27 février 1931, le conseil municipal approuve les plans et vote un emprunt de 8 000 000 francs. La cérémonie de la première pierre se déroule le 25 juin 1932. En 1934, un devis de travaux supplémentaires est validé pour améliorer le confort du bâtiment selon les nouvelles normes — éclairage, chauffage, ventilation, rayonnages — et finaliser l’ornementation intérieure et extérieure. La bibliothèque est inaugurée le 30 mars 1935 et ouvre au public le 1er octobre suivant.
Un décor célébrant les artistes et la culture toulousaine
La monumentalité du bâtiment s’exprime dès l’extérieur : deux jardinets agrémentés de fontaines ménagent un espace permettant d’en apprécier la façade, et participent d’une mise en scène qui se poursuit dans le hall d’entrée et la salle de lecture, marqués par d’immenses baies, une grande hauteur sous plafond et une abondance d’ornements. Le décor est entièrement confié à des artistes toulousains :
- Marc Saint-Saëns peint la fresque de la salle de lecture, Le Parnasse occitan ;
- Sylvestre Clerc réalise les bas-reliefs de la façade principale, La Frise de l’humanité, près de 60 mètres de long ;
- Édouard Bouillière réalise une peinture dans le vestibule ainsi que le carton du vitrail exécuté par André Rapp ;
- Georges Vivent, Guillaume Ardignac et Jean Verdier sculptent les reliefs ornant les ailes et le portail ;
- Henri Parayre conçoit les fontaines extérieures ;
- Maurice Alet, ébéniste, réalise le mobilier dessiné par Montariol ;
- Jean Montariol conçoit la porte monumentale, réalisée par le ferronnier d’art Raymond Subes (entreprise parisienne Borderel et Robert).
Les œuvres majeures
Ce triptyque peint à fresque règne sur la salle de lecture. Éloge des artistes toulousains de son temps, il installe ses figures dans des paysages simplifiés où la perspective n’est créée que par la superposition des plans, dans l’esprit de la peinture italienne du Quattrocento. Aux couleurs franches et aux formes simplifiées, l’œuvre rend hommage à des gloires aujourd’hui parfois oubliées.

Le triptyque se compose de trois panneaux : Les amis et la famille, Apollon et les poètes, La musique et la sculpture. On y reconnaît notamment Joseph Ducuing, grand médecin cancérologue toulousain et beau-père de l’artiste, à l’origine de la commande, André Arbus, décorateur, Camille Soula, médecin et grand amateur d’art, Déodat de Séverac, compositeur, Aristide Maillol et Antoine Bourdelle.



Les muses ont pris les visages des femmes des amis de Saint-Saëns ; les enfants portant les guirlandes sont représentés sous les traits de sa fille Marie. Saint-Saëns s’est lui-même représenté en retrait, partiellement dissimulé derrière une colonne, spectateur discret de la scène.
Sur près de 60 mètres, cette frise monumentale raconte l’évolution de l’homme, des mythes anciens aux grandes découvertes scientifiques, en passant par les arts, les lettres et la terre toulousaine, berceau des troubadours et pays de Cocagne. Dans un relief puissant, Clerc brosse à grands traits l’histoire de l’humanité, dont les progrès ne sont possibles que grâce à la Paix, figurée par une jeune femme tenant un flambeau et un rameau d’olivier.

La frise se déploie en huit séquences :
- La Préhistoire — dinosaures, mammouths, apparition de l’Homme ;



- Les compagnons du gai savoir — sept troubadours évoquant la fondation des Jeux floraux à Toulouse en 1323 ;

- La mythologie orientale — Osiris, Zoroastre, Hercule, Éros et Psyché, Œdipe, Brahma ;



- Les Arts et les Lettres — de l’art rupestre préhistorique à Hugo et Zola, en passant par Virgile, Dante, Raphaël, Molière, Voltaire et Diderot ;

- Les Sciences — de l’invention du feu à l’aviation et aux télécommunications, avec Galilée, Pascal, Descartes, Chappe et Pasteur ;
- La mythologie européenne — Romulus et Remus, Constantin, Tristan et Iseult, Siegfried et Parsifal ;



- Symphonie toulousaine — Toulouse représentée sous les traits d’une jeune femme dévoilée par Cupidon, entourée des allégories de sa richesse : les arts, l’artisanat et l’agriculture ;

- Les climats du monde — les grandes familles climatiques : polaire, tempéré, tropical.



De part et d’autre de l’entrée, deux cartouches évoquent les différentes façons de dispenser le savoir : l’un par l’effort et la persévérance, figure masculine, l’autre par la douceur et le soin, figure féminine.


La bibliothèque aujourd’hui
Entre 1999 et 2003, le bâtiment fait l’objet d’une grande campagne de restauration. Les salles sont remises en état et adaptées aux exigences actuelles d’une bibliothèque. Le mobilier de Maurice Alet est remplacé à cette occasion par des créations d’artistes contemporains, Norman Foster et Arne Jacobsen. Sur la rue de Périgord, le pavillon qui servait à l’origine de logement pour le directeur accueille désormais la bibliothèque de prêt.
La bibliothèque d’étude et du patrimoine conserve aujourd’hui :
- un fonds général de 250 000 ouvrages de 1900 à nos jours ;
- des collections de presse régionales du XVIIe siècle à nos jours ;
- un fonds régional d’exception sur Toulouse et sa région ;
- un fonds patrimonial de référence.
