Les marchés toulousains
Une histoire ancrée dans la ville
Depuis l’Antiquité, Toulouse a dédié des espaces publics au commerce. Au gré des mutations de la société et de la ville, ces lieux se sont transformés, déplacés, réinventés. Lieux de commerce et d’échanges, mais aussi de convivialité, les marchés offrent une porte d’entrée privilégiée sur la vie toulousaine et sa gastronomie.

Depuis l’Antiquité
Au centre de la ville antique, l’emplacement de l’actuelle place Esquirol accueillait le forum — à l’origine du mot foire — centre politique et économique de la cité. Cet espace a donc été dédié au commerce depuis l’Antiquité. À la période médiévale, la municipalité y construit des halles servant à la fois de lieux de vente et de stockage. En 1203, une halle au blé ouvre ses portes ; le marché s’y déroule dès lors pendant plus de 700 ans, les lundis, mercredis et vendredis.
Le pont Neuf constitue lui aussi un lieu stratégique pour le commerce dès l’Ancien Régime : les marchandises y transitent par voie terrestre et fluviale, et des marchés de plein-vent s’installent sur la place et sur le pont lui-même. La halle aux poissons, établie près de la Garonne pour des raisons d’hygiène et achevée en 1552, donnera son nom à la rue de la descente de la halle aux poissons. Un portail monumental ouvre sur le passage menant au marché ; ses quatre arches de briques constituent aujourd’hui les derniers vestiges visibles d’un marché d’Ancien Régime à Toulouse. La halle est désaffectée en 1892.
Le XIXe siècle, l’ère des halles métalliques
La destruction du couvent des Carmes au XIXe siècle libère un espace adapté à l’installation d’un marché, où se déroulait déjà la vente des herbes. À Saint-Cyprien, l’éloignement du quartier et la croissance de sa population poussent la municipalité à y établir un marché : la vente de combustibles sur la place Olivier puis un marché aux bestiaux aux allées Charles-de-Fitte y sont installés.
À la fin du XIXe siècle, Toulouse suit l’exemple parisien en se dotant de marchés couverts à ossature métallique. En 1889, le maire Ournac lance la construction de trois marchés couverts : Victor-Hugo, les Carmes et Saint-Cyprien. L’architecte de la ville Joseph Galinier est chargé d’en réaliser les plans ; après son éviction, Charles Cavé achève les constructions. Deux hallettes métalliques de 400 m² chacune sont également édifiées à l’extérieur des remparts. En 1894, l’une d’elles est transformée pour mettre les marchands à l’abri et permettre le dépôt des denrées ; l’autre est démolie lors de la construction des bains-douches en 1931.
Les Archives ont publié en 2009 l’ouvrage Marchés dans la ville, 200 ans d’histoire des marchés toulousains, qui invite à une promenade dans la ville à la découverte de l’architecture et du fonctionnement de ces commerces. Des panneaux étaient visibles sur les façades des marchés Victor-Hugo, Carmes et Saint-Cyprien.
Les marchés aujourd’hui
Dès le XIIIe siècle, lors de l’installation de la maison commune, la place du Capitole commence à prendre son importance commerciale. Un marché de plein-vent s’y installe ; on y vend fruits, pain, comestibles, bijouterie et « clinquaillerie ». La place est agrandie entre 1806 et 1852 et le marché prend alors toute son ampleur.
Aujourd’hui, un marché quotidien s’y déroule, permettant de découvrir la place la plus célèbre de Toulouse sous un angle différent. Le marché change selon le jour : un marché aux fleurs y est installé depuis 1847 tous les jours sauf le lundi ; du mardi au samedi matin et le mercredi toute la journée, des forains, bouquinistes, marchands de vêtements ou disquaires s’y installent.

Ce marché aux puces se déploie autour de la basilique Saint-Sernin, édifice roman construit au XIIe siècle. L’espace actuel de la place était occupé jusqu’à la première moitié du XIXe siècle par des habitations et un couvent comprenant un cloître. L’espace libéré accueille d’abord un marché de plein-vent, puis un marché aux puces, qui accueille au départ la vente pour la friperie et le salé.
Le marché doit son nom à un terme occitan, inquet, qui signifie hameçon. Il s’agit d’une métaphore de l’art d’hameçonner les clients, mais aussi du crochet — inquet — avec lequel les pelharòts, les chiffonniers, fouillaient pour rechercher la marchandise. Ces scènes pittoresques ont été immortalisées sur des cartes postales du XXe siècle, faisant de ce marché une institution emblématique de Toulouse. Depuis peu, il a retrouvé un nouveau souffle et propose désormais ses étals sur la place Saint-Aubin.

Le boulevard de Strasbourg, aménagé vers 1825 sur le tracé des anciens remparts, accueille depuis le XXe siècle de nombreux marchés. Les Toulousains le surnomment le « marché des boulevards ». Il doit son nom à la proximité d’un grand café, le Cristal Palace, qui n’existe plus aujourd’hui.
À l’angle s’élève le kiosque de la violette, conçu par l’architecte Montariol en 1932, déplacé en 1950 depuis la place Esquirol. C’est le marché alimentaire qui compte le plus grand nombre d’exposants.

La place Victor-Hugo est créée dans la première moitié du XIXe siècle après la démolition des remparts. Une première halle couverte qui s’y élevait est détruite en 1958 pour laisser place à un marché-parking, inauguré le 17 octobre 1959. Entièrement conçu en béton, il s’agit du premier bâtiment de ce type à Toulouse.
C’est aujourd’hui le plus grand marché couvert de Toulouse. La diversité et la qualité des produits proposés ont construit sa réputation ; habitués et visiteurs se retrouvent au gré des étals. Les chalands aiment prolonger ce moment en goûtant les spécialités locales dans les restaurants situés à l’étage. Il fait aussi office de premier espace de stationnement payant du centre-ville.

Le marché des Carmes actuel a été inauguré en 1966. Il mêle trois fonctions : marché, parking et immeuble de bureaux. Sa structure se distingue par la juxtaposition de deux volumes géométriques, un cylindre et un parallélépipède. En 1999, le cylindre est inséré dans un carré, la place est aménagée, et une marquise pour démarquer le marché du parking est édifiée.
Ce bâtiment a été construit sur l’emplacement d’une halle du XIXe siècle, détruite entre 1963 et 1964. Elle faisait partie d’un projet pour l’installation de marchés couverts métalliques lancé par le maire Ournac en 1889.

