Publicité imprimée pour Le Coup de l'Etrier, vin tonique de La Durante - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 14Fi88

juillet 2026


Niais un 4 juillet

Les Etats-Unis d’Amérique célèbreront, le 4 juillet de cette année, les 250 ans de leur indépendance. Et sans vouloir nous vanter, nous n’y sommes pas pour rien. Remember Lafayette ! Fallait-il pour autant que nos deux fêtes nationales soient si proches ? Naïf, j’ai longtemps cru que les Américains nous avaient grillé la politesse en choisissant le 4 juillet avant de réaliser que nous étions plutôt des suiveurs avec notre 14 juillet.

La relation qui unit nos deux peuples est ambivalente à bien des égards. Elle est jalonnée de sentiments contradictoires : estime et mépris, amour et haine. Les troupes françaises qui ont soutenu la cause américaine à l’aube de la création des Etats-Unis ont été célébrées, de même que les G.I. en 1917 et 1944. Et même si la statue de liberté témoigne durablement de cette indéfectible amitié, l’anti-américanisme est en France un lieu-commun idéologique et le french-bashing, un sport très pratiqué outre-Atlantique.
Pourtant nos productions culturelles et intellectuelles ne cessent d’interagir. Nos imaginaires s’inspirent mutuellement. Certes les uns sont parfois jugés trop naïfs ou trop cyniques, et les autres trop couards ou imbus d’eux-mêmes. Mais n’est-ce pas logique au sein d’un couple qui se connaît si bien, en outre cela n’empêche pas l’affection profonde. Je vous présente pour preuve cette publicité figurant George Washington et le marquis de La Fayette scellant leur union en dégustant un vin produit au château de la Durante à Auzeville-Tolosane à partir des années 1920. Etonnant non ?

« Footix humain » sur le stade de la base de sport de Sesquières, juin 1998. Direction de la communication – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 15Fi11927

juin 2026


Et juin et j’deux et j’trois zéro !
« Footix humain » est le terme, un peu inquiétant, et pourtant décrivant le plus fidèlement la figure ici photographiée sur le stade de la base de sport de Sesquières. Plusieurs centaines de personnes se sont ainsi coordonnées géographiquement et chromatiquement pour réaliser ce happening lors de la coupe du monde de football 1998 et vous n’êtes pas sans savoir qu’une nouvelle édition de cette compétition va débuter au cours du mois de juin.
Bien qu’ayant des réserves esthétiques sur la plupart des mascottes officielles réalisées dans ces circonstances, elles m’évoquent irrésistiblement les fameuses vignettes autocollantes produites par un éditeur italien à nom de sandwich. Car, s’il en existait pour à peu près tout et n’importe quoi – films, dessins animés, bandes dessinées, les plus prestigieuses demeuraient celles des coupes du monde de football et les albums qui les accompagnaient. 
Pour ma part, j’avais une prédilection pour les fanions des fédérations nationales imprimés sur fond argenté brillant. Plus perversement, nous étions plusieurs à voter pour désigner, lors de chaque compétition, le joueur le plus moche du mondial en tenant compte du physique, du look et du contexte photographique. Le bulgare Trifon Ivanov remporta ainsi la couronne à plusieurs reprises. Mais, une mention spéciale avait été décernée à Stéphane Guivarc’h, pour l’album 98, qui semblait avoir été immortalisé dans sa cuisine.
Deux bateaux de transport, dont le « Somport », se croisent près du pont Gabriel-Péri, 20 avril 1965. Jean-Paul Escalettes – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 42Fi2525

mai 2026


C'est les ponts ponts !

Si le mois de mai est parfois célébré pour ses jours fériés, ses week-ends prolongés et autres ponts, il est aussi l’occasion de commémorer la création d’une autre forme de « pont » qui a permis de relier la mer Méditerranée à l’océan Atlantique. Le 15 mai 1681 était effectué la première mise en eau complète et le voyage inaugural du Canal des Deux-Mers. Un convoi de 25 barques partait de Toulouse, relié à l’océan par la Garonne via l’écluse du port de l’Embouchure, pour rejoindre Sète.

Aboutissement d’un chantier pharaonique qui dura près de vingt ans, il entraina la création d’un ensemble d’ouvrages d’art et d’ingénierie exceptionnels : l’écluse de Fonseranes, le barrage de Saint-Ferréol ou le pont-canal de l’Orb. A ce titre, le Canal est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996, et nous célébrons cette année les 30 ans de cette labellisation. A Toulouse, nombre de ces édifices jalonnant le Canal ont donné leur nom à des quartiers : les Ponts-Jumeaux, l’Embouchure, le pont des Demoiselles.

Quel joggeur, cycliste ou promeneur qui sillonne aujourd’hui les anciens chemins de halage peut se représenter la vie des bateliers qui ont fait vivre le Canal ? Même les plaisanciers qui empruntent aujourd’hui cette voie auraient du mal à le faire. Imaginez-vous charger, convoyer et décharger plus de 100 tonnes de futs d’arsenic depuis Marseille jusqu’à Bordeaux, tout en vivant à bord avec votre famille. Mais cela pouvait être aussi bien des céréales, du vin, du pétrole, de la pyrite, de la pâte à papier, du ciment, etc. Cette vie de nomade des canaux est chère aux « gens d’eau » qui, même s’ils ont toujours un port d’attache, ont la liberté chevillée au corps. Et il en sera justement question à travers l’exposition que nous allons consacrer à « L’âge d’or des mariniers du Canal », qui sera présentée parvis de la gare Matabiau, à proximité immédiate de l’écluse Bayard, à partir d’octobre prochain.

Bataille de Toulouse. 10 avril 1814, estampe. Pierre Aubert d’après Joseph Beaume et Auguste Sandoz – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 45Fi403 (détail)

avril 2026


Une bataille après l’autre

Le 10 avril 1814 se livrait sous les murs de Toulouse, la dernière bataille de l’Empire. D’aucuns ont pu la qualifier d’absurde car elle se déroula quelques jours après l’abdication de Napoléon 1er. En outre, cet affrontement s’acheva sans que l’on sache vraiment qui avait gagné ou perdu du maréchal Soult, commandant des armées impériales et du duc de Welington à la tête des troupes de la coalition anglo-hispano-portugaise.

Ces derniers feux de l’Empire ont involontairement jeté une ombre sur une autre bataille qui eu lieu sur le même théâtre plus de mille ans auparavant. C’est en effet le 9 juin 721 que le duc Eudes d’Aquitaine, aidé par des mercenaires vascons, ainsi que de combattants francs de Neustrie et de Bourgogne, mirent en déroute pour la première fois l’armée du gouverneur omeyyade Al-Samh ibn Malik al-Khawlani qui assiégeait Toulouse. Victoire qui fut presque aussi importante que celle de Charles Martel à Poitiers neuf ans plus tard mais un peu oblitérée par cette dernière.
Enfin, La Bataille de Toulouse est aussi le titre d’un roman de l’écrivain toulousain José Cabanis où le narrateur souhaite utiliser la bataille impériale comme point de départ d’un cycle romanesque mais demeure obsédé par la femme qui vient de s’éloigner de lui. Apprenant que son ouvrage était en lice dans la lutte pour l’obtention d’un prix littéraire en 1966, l’auteur fit savoir au jury du grand prix de l’Académie française qu’il n’était pas intéressé, pour préserver ses chances d’obtenir le Goncourt. Grand mal lui en prit car il n’eut ni l’un ni l’autre, mais reçut finalement le prix Renaudot. En littérature comme ailleurs, pour atteindre ses objectifs, c’est une bataille après l’autre.

La gitane et l’ours, 1935-1950, photographie N&B. Germaine Chaumel – Mairie de Toulouse Archives municipales, fonds Germaine Chaumel, 97Fi nc

mars 2026


Un point c’est mars !
Il y a 230 ans était guillotinée à Toulouse Antoinette Adrienne de Rabaudy, épouse du conseiller au Parlement Jean-Joseph-Henri de Cassan de Glatens. Il s’agit de la seule femme exécutée dans notre ville sous la Terreur. C’est bien suffisant. Coupable d’avoir envoyé une lettre à son fils, émigré à Lisbonne, où elle déplorait l’exécution de Louis XVI. La missive fut interceptée par le comité de surveillance communal et considérée comme une preuve d’intelligence avec l’ennemi.
Ces exécutions sommaires étaient malheureusement monnaie courante durant cette sombre époque où l’on avait la paranoïa et la guillotine facile. Ainsi, durant les « massacres de Septembre » 1792, les trois quart des prisonniers parisiens, mais aussi d’autres villes de province, furent passés par les armes sans autre forme de procès, qu’ils soient royalistes, ecclésiastiques ou de droit commun. La révolutionnaire montalbanaise Olympe de Gouges s’en émut et en dénonça les instigateurs, notamment Marat. Grand mal lui en prit, elle fut dénoncée, arrêtée puis guillotinée le 2 novembre 1793.   
Vous l’aurez compris en ce mois de mars, où nous célébrons la journée internationale du droit des femmes, ces dernières sont à l’honneur. Qu’elles soient marquise ou présidente sous l’Ancien Régime, comme mesdames de Livry et Dubourg, compositrice ou photographe comme Marguerite Canal et Germaine Chaumel, militantes féministes comme Monique-Lise Cohen, les membres du MLF et de l’association Bagdam Café, elles ont toutes dû lutter, à titre individuel ou collectif, pour s’émanciper des carcans dans lesquels on a voulu les enfermer. De nombreux documents les concernant sont présentés au public dans nos locaux jusqu’à la mi-mai sous la bannière des « Productrices d’archives ».