ARCANES, la lettre

Les coulisses


Chaque mois, les Archives présentent dans la rubrique "les coulisses" ce que vous ignorez surement du fonctionnement des Archives. Retrouvez ici une petite compilation de tous ces articles.

LES COULISSES


Livre I des Annales (1295-1532), chronique 133. Les portraits des capitouls des années 1438-1439 et l'entrée du dauphin Louis à Toulouse le 25 juin 1438. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB273 feuillet 8 verso.

Se partager le ciel


avril 2019

Parmi les ciels possibles, nous avons choisi d'évoquer ici celui qui couvre les dais de procession de la ville.
Le dais ou pallium (ce qui donne poile-poêle..., bref toutes les graphies possibles dans les archives) est un élément indissociable des entrées royales dans les villes.
Plusieurs enluminures des Annales manuscrites des capitouls montrent ainsi ce dais dont les huit bâtons sont tenus par les capitouls, sous lequel parade le Roi ou le Dauphin. L'illustration ci-contre montre ce dernier, futur Louis XI, faisant son entrée en Toulouse sous un dais au ciel à rayures, le 25 juin 1438.
Notons que les capitouls refuseront les honneurs du dais à sa mère, la reine Marie d'Anjou, lorsqu'elle fit son entrée dans la ville en mars 1442. Mais, maligne, elle monta en croupe sur le cheval de son fils et bénéficia ainsi de l'agrément du dais, au nez et à la barbe des capitouls.

Si la Reine avait su qu'en 1606 on aller proposer le dais au connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, elle en aurait été certainement piquée. D'ailleurs, celui-ci, grand seigneur, le refuse et le dais, vide d'occupant, est porté symboliquement devant lui jusqu'à l'église Saint-Étienne.
Ce qui va suivre est moins glorieux : une fois le cortège achevé, les pages et laquais du connétable se jettent sur le dais « l'enlesverent par force, sans en pouvoir conserver que la moytié » (BB277, chronique 279, p. 121). Cet assaut sur le dais, qui s'apparente au pillage d'une ville forcée, est pourtant caractéristique des entrées officielles. Les suivants du connétable escomptent ainsi revendre au plus offrant les riches dépouilles qui garnissent ce dais : les franges de soie cramoisie, la crépine d'or comme le drap garni du ciel (CC2586, pièces n°85-86).

Enfin, pour preuve que le ciel était accessible à tous (en revanche, de nos jours, on ne saurait trop dire), il suffit de quitter la rue où parade le roi et d'entrer dans l'intimité des maisons où trône un élément mobilier indispensable : le lit. Lui aussi couvert de son ciel.

Pour en découvrir les caractéristiques et usages, nous ne saurions trop vous recommander la lecture du dossier des Bas-Fonds « In bed with... », il ouvre vers d'autres cieux.

Placard diffamatoire contre le nommé Lougayrou (avant restauration), Ville de Toulouse, Archives municipales, FF 818 (en cours de classement), procédure du 3 juin 1774.

Faire du jeune avec du vieux


mars 2019
Placard diffamatoire contre le nommé Lougayrou (après restauration), Ville de Toulouse, Archives municipales, FF 818 (en cours de classement), procédure du 3 juin 1774.Parfois les documents d'archives ont besoin qu'on leur redonne un coup de « jeune ». Les mauvaises ou trop fréquentes manipulations sont la première cause de leur vieillissement précoce. Aussi, il faut intervenir dès que le document présente des déchirures, des plis ou des lacunes afin de le rendre accessible au public.
La restauration doit rester visible, réversible et compatible chimiquement avec le matériau ancien.
Pour le rajeunir, le restaurateur utilise donc des gommes, des papiers et des colles spécifiques.
Voici en image un exemple parlant. Cette ancienne affichette diffamatoire du XVIIIe siècle, qui a servi de preuve lors d'un procès, a été intentionnellement pliée, et même froissée par ceux qui l'ont décollée du mur sur lequel elle avait été placardée.
Il a fallu la remettre à plat et restaurer les lacunes afin qu'elle retrouve une nouvelle « jeunesse ».

De grâce, portez des gants ! Ou pas ...


février 2019
 
Il est de ces images d'Épinal, telle celle de l'archiviste aux mains gantées présentant à l'assistance d'antiques parchemins. D'aucuns ont d'ailleurs fait usage de gants de coton pour présenter cérémonieusement nos registres anciens aux médias...
Or, nous nous devons aujourd'hui de rétablir la vérité : non, les gants blancs ne protègent pas les documents. C'est tout le contraire ! Sauf à éviter les traces de doigts sur les tirages photographiques, les gants de coton accumulent la saleté et favorisent la sudation. De plus, porter des gants diminue le sens du toucher, ce qui accroît sensiblement le risque de déchirer les documents fragiles.
À bien y réfléchir, manipuler du papier à main nue ne doit pas plus que cela détériorer le papier, sinon il n'y aurait pas grand-chose à conserver dans les bibliothèques et les services d'archives !
Alors, avant de rentrer en salle de lecture, lavons-nous les mains, cela sera bien suffisant, et gardons les gants de coton pour les caméras de télévision !
Transmission de documents au comptoir de la salle de lecture des Archives municipales de Toulouse. Cliché Stéphanie Renard, 2018. Ville de Toulouse, Archives municipales.

Brève de comptoir


janvier 2019
Dans le milieu des archives, le comptoir matérialise une frontière entre deux mondes : celui des archivistes et celui des lecteurs. Les documents passent ainsi de main en main, roulant tranquillement des locaux feutrés de conservation vers la lumière vive de la salle de lecture. Pour les archives ainsi exposées, cette escapade en dehors des abysses de l'histoire ne durera hélas qu'un instant, le temps d'une brève de comptoir !