Arcanes, la lettre

Dans ma rue


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici les articles de la rubrique "Dans ma rue", consacrée au patrimoine urbain toulousain.

DANS MA RUE


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Ornement couronnant la porte cochère du 8 rue du Pont-de-Tounis. Phot. Friquart, Louise-Emmnauelle ; Krispin, Laure, Ville de Toulouse ; Toulouse Métropole ; Inventaire général Région Occitanie, 2006, IVC31555_06310016NUCA.

Comme disait Jules Renard « Le bonheur est dans l'amertume »…


avril 2018

Dès que l'on pense à « l'amer », il nous vient à l'esprit, tel un réflexe pavlovien, l'image d'une bouteille de bière. Produit millénaire, la bière bénéficie, depuis une dizaine d'années, d'un nouvel engouement grâce au développement d'une filière de petites brasseries artisanales locales. Toutefois, Toulouse comptait déjà, dès la fin du 18e siècle, des établissements qui brassaient le houblon, malgré les difficultés d'approvisionnement de la plante venant du nord. S'ils ont été nombreux au 19e siècle, il n'en restait que deux après 1950, selon l'érudit Pierre Salies. Néanmoins, des vestiges visibles sur certaines façades révèlent encore cette mémoire.

Au 8 rue du Pont-de-Tounis, une sculpture ornant une des arcades montre un joyeux barbu, un verre de bière à la main. Un tonneau, des épis de blé et une branche de houblon sont également représentés. Il s'agit de l'enseigne de la brasserie « La Strasbourg ».


En haut des allées Jean-Jaurès, au 4 rue de Belfort à l'angle de la rue Corot, une mosaïque très lacunaire laisse deviner l'inscription « Brasserie Alsacienne ». Ici, se situait un des établissements brassicoles toulousains qui semble avoir fonctionné jusque dans les années 1940, moment où les bâtiments sont réaménagés en logements. On y voit encore l'ancienne malterie ouvrant sur la rue Corot.

 

Gare Saint-Agne vers 1910. carte postale N&B, papier, 9 x 14 cm, vers 1910, Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi7191.

Jamais sans ma valise !


janvier 2018
L'arrivée du chemin de fer en 1856, favorisant la circulation des hommes et des marchandises, est considérée par les Toulousains comme un élément essentiel du développement économique du Midi languedocien. Jusque dans les années 1940, date à laquelle les autobus prennent le dessus, les lignes ferroviaires se multiplient, créant un véritable maillage du territoire tout en dynamisant Toulouse. Sur la commune plusieurs petites haltes voient le jour en périphérie de la ville (Roguet, Croix-Daurade, Lardenne…). Il s'agit plus de halles provisoires pour le service de voyageurs sans bagages que de véritables gares, telle celle de Saint-Agne.Gare Saint-Agne. Photo Cadeau, Fabien, 2014 (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, IVC31555_20143100508NUCA.
Cette dernière est rapidement très fréquentée. Par son emplacement, elle draine le transport des gens des quartiers alentours, celui des militaires de la caserne Niel voisine et celui des ouvriers de la poudrerie du Ramier. Traversée par les lignes allant d'un côté à Foix et de l'autre à Bayonne, elle est également un lieu de départ vers les stations balnéaires des Pyrénées ou les lieux de pèlerinages comme Lourdes ou Pibrac.
En 1884, des voyageurs signent une pétition pour que la halte de Saint-Agne devienne une véritable station ferroviaire, pouvant gérer le service de bagages, ces derniers devant se rendre à Matabiau pour y faire enregistrer leur valise !
Une carte postale ancienne permet de découvrir la halle établie en bordure de voie ferrée au début du 20e siècle. De plan rectangulaire, ses murs étaient en pan de bois hourdé de briques apparentes, son style rappelant l'ancienne gare de Lardenne aujourd'hui occupée par un commerce.
Le bâtiment d'accueil actuel a été reconstruit dans les années 1960 sur le même modèle que celui de la gare de Saint-Cyprien.
Façade du 2 place Saint-Georges. Photo. Rullier, Dany, (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2004, IVC31555_20113100265NUCA.

Du bois dans tous ses états !


décembre 2017
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Toulouse conserve un peu plus de 250 maisons dont la façade principale sur rue est en pan de bois. Toutefois, elles sont moins visibles que dans certaines villes car nombres d'entre elles sont entièrement enduites, seuls apparaissent les encadrements des baies permettant de les distinguer.
La place Saint-Georges est un lieu d'où - bien installé à une terrasse de café - on peut découvrir des pans de bois dans tout leur état ! En effet, toute une palette de mise en œuvre est observable.
Les numéros 2, 8 et 9 possèdent des élévations enduites ne laissant percevoir aux yeux avisés que le bois des encadrements des fenêtres et des cordons horizontaux séparant les différents niveaux.Façade du 7 place Saint-Georges, détail des poteaux avec décharges en écharpe. Photo. Rullier, Dany, (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2004, IVC31555_20113100290NUCA.
Le n° 2 est un cas particulier proposant une solution originale : la structure est dissimulée sous une mise en œuvre de faux bossages en bois évoquant un parement caractéristique de l'architecture classique en pierre.
Quant aux n° 5, 7 et 11, ils affichent pleinement leur ossature. Reposant sur un rez-de-chaussée maçonné, leur structure hourdis de brique est dite à grille, c'est-à-dire composée uniquement de poteaux (éléments verticaux) ou de poteaux avec décharges en écharpe (éléments verticaux renforcés par des bois obliques).
Modestes dans leur mise en œuvre, ces bois ont fait l'objet de nombreux remaniements et ne possèdent pas d'éléments distinctifs (moulures, sculptures, encorbellements) permettant une datation plus précise que celle d'appartenance à une grande période chronologique telle l'époque moderne (entre le 16e et le 18e siècle). Pour une meilleure connaissance de ce patrimoine des prélèvements et des études de dendrochronologie (analyse de la morphologie des cernes du bois) seraient nécessaires.
Élévation postérieure de la villa Jeanne d'Arc. Phot. Friquart, Louise-Emmnauelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2011, 20113101314NUCA.

De la canne à la villa Jeanne d'Arc


novembre 2017

La cane de Jeanne est morte au gui l'an neuf… En 1953, quand Brassens écrit cette chanson, Jeanne est un prénom fréquemment porté, quoique en perte de vitesse. Pourtant, du Moyen Âge au début du 20e siècle, il figure au panthéon des prénoms féminins les plus donnés. Son succès est conforté par la forte dévotion à Jeanne d'Arc, entamée au 19e siècle et qui connaît son apogée au début du 20e siècle : elle est béatifiée en 1909 et canonisée en 1920. A Toulouse, c'est en 1922 que sa statue est érigée sur la place Matabiau, devenue Jeanne d'Arc peu après. 

Outre les monuments et lieux publics, le nom de la sainte est également attribué à des maisons. En effet, depuis la seconde moitié du 19e siècle, la mode est de donner un nom aux villas, inscrit sur une plaque émaillée dans le style Art nouveau ou gravé sur une plaque de marbre. Faisant référence à la nature ou à l'environnement de l'édifice, le nom de la villa est bien souvent un prénom, presque toujours féminin. C'est donc tout naturellement que les villas Jeanne fleurissent un peu partout en France, de même que les villas Jeanne d'Arc, affichant ainsi les convictions religieuses de leurs propriétaires.

A Toulouse, une villa Jeanne d'Arc s'élève au 186 de l'avenue de Castres. Construite peu avant 1880, elle se démarque par son avant-toit développé soutenu par des aisseliers en bois ouvragés, rappelant l'architecture pittoresque des maisons de villégiature. 

Vue d'ensemble du Bazacle depuis la rive gauche de la Garonne. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2010, IVC31555_20103101188NUCA

Haute Tension !


octobre 2017

La Garonne, fleuve indomptable, a toujours permis aux Toulousains d'utiliser sa force pour produire de l'énergie et faire tourner les roues de ses moulins. Ce n'est pas étonnant alors que dans le dernier quart du 19e siècle les moulins du Bazacle accueillent sur son site la première centrale hydroélectrique de la ville gérée par la société toulousaine d'électricité (S.T.E.). Forte de son succès, celle-ci se développe rapidement et change de patronyme en devenant en 1910, la société toulousaine du Bazacle (S.T.B.). Nationalisé en 1946, le site est géré depuis par Électricité de France. Bien qu'accueillant un espace culturel et patrimonial depuis 1989, les sept turbines de l'usine fonctionnent encore.

Encouragée par ce succès, la ville investit dans ce domaine en bâtissant l'usine hydroélectrique du Ramier au début du 20e siècle, sur le domaine des anciens moulins du château. Largement visible depuis le pont Saint-Michel, elle présente une façade pittoresque sur l'un des bras de la Garonne. 

Usine du Ramier, élévation antérieure. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin, Laure (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire général Région Occitanie, 2010, IVC31555_20103101727NUCA

Reposant sur des fondations en béton, l'édifice est construit en brique, mais l'utilisation de l'enduit crée un jeu décoratif imitant une alternance de brique et de pierre.
Projetée dès 1905, l'usine hydroélectrique est construite de 1917 à 1922 sur les plans de l'ingénieur Pendariès. En 1932, elle est agrandie par l'architecte Jean Montariol. De nouveaux aménagements sont effectués dans les années 1950 et 1980. Cette usine qui permettait l'alimentation en énergie électrique de nombreux bâtiments municipaux (mairie, écoles, stades…) est toujours en activité. Toutefois, l'électricité produite est, de nos jours, vendue à EDF.

Une troisième centrale électrique a été inaugurée le 31 octobre 2014 sur le site de la Cavaletade, en amont de l'île d'Empalot. Par ailleurs, en augmentant le débit de l'eau dans le bras inférieur de la Garonne, elle permet de redynamiser la vie aquatique et la biodiversité des berges mises à mal durant de longues années par l'usine AZF.

La place du Capitole : plan de ville actuel, cadastre de 1680 et vestiges antiques.

Des cartes, oui… mais sur UrbanHist !


septembre 2017

Le nouvel UrbanHist vient tout juste de sortir du four… Outre un accès facilité aux essentiels et autres immanquables du patrimoine toulousain, vous avez la possibilité de construire des cartes historiques, grâce à une sélection des informations proposées, et de les partager le plus simplement du monde.

Tour d'horizon de quelques possibilités offertes par UH :

- Evolution du secteur de la place du Capitole de l'Antiquité au 17e siècle : cette carte matérialise la porte et le rempart de la ville antique, les constructions présentes à la fin du 17e siècle sur le sol même de la place, et l'emprise de l'hôtel de ville en 1680 qui allait jusqu'à la rue d'Alsace-Lorraine ! Pour cela, il suffit de superposer la couche du cadastre de 1680 avec celle des vestiges connus de Tolosa sur le plan de ville (sur lequel on a fait jouer la transparence pour mieux voir la couche du cadastre de 1680).

 

- La création des rues d'Alsace-Lorraine et de Metz : un coup de sabre dans le tissu urbain. Centrée sur la place Esquirol, lieu où se croisent les deux percées haussmanniennes toulousaines, cette carte montre comment ces deux rues sont venues couper des îlots entiers, éventrant des immeubles, des hôtels particuliers ou des bâtiments conventuels au nom de la modernité.

De ces destructions sont nés des édifices d'une grande qualité architecturale, tel que le grand hôtel Tivollier au n° 31 de la rue de Metz. Il suffit simplement de superposer le cadastre napoléonien (1830) sur le plan de ville.

La superposition des informations historiques sur un fond cartographique permet d'illustrer concrètement l'idée de la ville qui se reconstruit sans cesse sur elle-même. La « stratification historique » qui caractérise les villes est ainsi plus facile à appréhender.

Mais comme la carte n'est pas le territoire, nous vous invitons à vous balader dans les rues de Toulouse, le nez en l'air, en suivant les circuits proposés par UH ou au gré de vos envies… Bonne promenade !

Donjon du Capitole, les Archives municipales : salle du rez-de-chaussée avec sa voûte et les rayonnages d'archives, 1946. Photographie N&B, 13 x 18 cm. – Ville de Toulouse, Archives municipales, 2Fi1350.

Une tour pour protéger le trésor des capitouls


juillet-août 2017
Les consuls, constitués en assemblée pour la gestion de la ville depuis le milieu du 12e siècle, chargent en 1205 le notaire Guilhem Bernard, de transcrire tous les documents anciens touchant aux libertés fondamentales de la cité obtenues au fur et à mesure que s'affirme l'indépendance municipale (privilèges, coutumes, rachats de droits féodaux, statuts de la commune, propriétés, …). Deux recueils, un concernant le Bourg, l'autre la Cité, sont alors rédigés.
La conservation de ces documents, preuves irréfutables de ces droits difficilement acquis, était une nécessité pour les consuls, parfois en grande difficulté face aux rois, comtes ou seigneurs tentant de récupérer ou de contourner des privilèges concédés par leurs ancêtres !
 

 

Cette pratique est reprise de façon systématique 90 ans plus tard avec la rédaction des Annales manuscrites de la ville consignant chaque année les actes accomplis par les consuls durant leur charge. Cet ensemble, partiellement détruit à la Révolution, forme de nos jours une collection exceptionnelle de 12 grands livres racontant 500 ans de l'histoire capitulaire.
Au 16e siècle, moment où la ville est en pleine expansion économique, les édiles, qui se font alors appeler capitouls, décident de construire un bâtiment dont l'étage supérieur est réservé à la protection de ces documents : la tour des Archives. Bâtie entre 1525 et 1530, elle accueille au rez-de-chaussée une salle d'assemblée pour les capitouls, et à l'étage une pièce où est conservé ce trésor inestimable. Pour plus de sûreté, ce niveau n'est accessible que depuis l'extérieur par l'intermédiaire d'une tour d'escalier érigée en 1532 et d'un pont couvert reliant l'une à l'autre.


Entièrement restauré par l'architecte Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc dans le dernier quart du 19e siècle, cet édifice est occupé, depuis 1948, par l'office du tourisme.

Carte publicitaire pour la manufacture de miroirs J. F. Breton, illustrée par Jan Metteix. Vers 1900, Lahille et Blaissou (éditeurs), carton, 8,5 x 14,5 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 15Fi436.

Je ris de me voir si belle en ce miroir !


juin 2017

Même si elle n'est ni la Castafiore ni la Marguerite de Faust, c'est pourtant ce que semble se dire cette jeune femme, parée de ses bijoux, qui, tenant un miroir dans une main, se recoiffe délicatement de l'autre.

Elévation du 31 rue Croix-Baragnon. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017, n.c.

Ornant un tract publicitaire pour une manufacture de miroirs et de vitrages, cette silhouette élancée a été esquissée dans un style art nouveau par l'illustrateur et caricaturiste Jan Metteix, très actif à Toulouse dans le 1er quart du 20e siècle. En effet, ce dernier croque régulièrement les hommes politiques locaux dans le journal satirique « Le Cri ». Il publie également durant la Grande Guerre plusieurs séries de cartes postales patriotiques, qui conservent toutefois un certain mordant et dont la majorité ont été regroupées dans l'ouvrage des Archives municipales « Drôle de Guerre ».

Les bureaux de la manufacture sont installés au 13 rue Saint-Étienne, actuel 31 rue Croix-Baragnon. Cet édifice, dont la façade sur rue date du dernier quart du 19e siècle, possède une architecture soignée. Sa tonalité claire évoque la pierre tandis qu'aux étages, des pilastres superposés et des balcons filants animent la façade.

Élévation antérieure du n°19 rue des Couteliers. Photo Christian Soula, Région Occitanie – Inventaire général, 1976, IVR73_76310001V_P.

La Maison des femmes au 19 rue des Couteliers (1976-1982)


mai 2017

En cette période d'élection, il est bon de rappeler les combats qui ont été menés par nos mères, nos grands-mères, voire nos arrières-grands-mères, dans les différents mouvements d'émancipation des femmes qui ont émaillé le 20e siècle. Luttes politiques (droits de vote et d'éligibilité obtenus en 1944), droit à disposer de son corps (création du planning familial en 1956, lois sur la contraception en 1967 et sur l'avortement en 1975) ont permis aux femmes de se libérer du « genre », construction sociale arbitraire résidant dans une domination masculine symbolique fondée sur la différence entre les sexes.

A Toulouse, différents mouvements féministes se créent dans les années 1970, notamment la Maison des femmes, association basée de 1976 à 1982 au n° 19 de la rue des Couteliers. Ce  lieu de rencontres et d'échanges autour des revendications sur les droits des femmes était installé dans une maison à pan de bois. Les baies étaient pourvues d'un appui aux moulures caractéristiques du 16e siècle. Elle était entourée d'autres maisons, datant du 18e siècle ou du 19e siècle, dans le même état de décrépitude avancée. Une nuit de décembre1983, le n° 15 s'effondre, heureusement sans faire de victimes. Un permis de construire, accordé en mai de la même année sur les n° 15 à 21, fait disparaître les autres immeubles, que nous connaissons grâce aux photographies prises par l'inventaire. Un grand immeuble de 92 logements est alors construit à la place de ces édifices.
En 2016, deux associations féministes toulousaines ont créé un parcours thématique à l'occasion des journées du patrimoine (rebaptisées pour l'occasion « matrimoine ») présentant les lieux et les personnalités emblématiques du féminisme toulousain, l'occasion de prendre conscience de l'importance de ces mouvements à Toulouse.

Élévation de la manufacture, de la corderie, des établissements Saint Frères ; 2 rue de Belfort ; projet de construction, 3 avril 1901. B. Guitard (architecte), dessin, papier, cyanofer, 35 x 51 cm, 1901. Ville de Toulouse, Archives municipales, 64Fi8593.

Du fil à (re)tordre ! La corderie Saint frères


avril 2017

Au moment où les Établissements Saint frères ouvrent une succursale à Toulouse en 1900, la ville ne compte pas moins de dix autres corderies selon l'annuaire de cette année-là. Les frères Saint sont spécialisés, depuis le 1er quart du 19e siècle, dans le tissage et le commerce de toiles d'emballage en étoupes de chanvre et de lin. L'activité qui a vu le jour dans la vallée de la Nièvre près d'Amiens, s'est considérablement développée tout au long du 19e siècle en proposant trois gammes de produit : les toiles d'emballage, le velours de jute pour teintures et tapis et la corderie. C'est dans cette dernière spécialité que l'entreprise, à son apogée au tournant du siècle, fait construire de nouveaux bâtiments rue Belfort après avoir été localisée durant deux ans au 48 rue de Peyrolières.


Ancienne corderie Saint frères, aujourd'hui centre communal d'action sociale (CCAS). Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017, IVC31555_20173100269NUCA.jpgL'édifice, dont les plans dressés par l'architecte Barthélémy Guitard, prend place sur une large parcelle rectangulaire. Il se divise en deux parties bien distinctes. Sur rue, un bâtiment présente un corps central à trois niveaux encadré par deux ailes à un étage couronné par un attique. Cet ensemble qui évoque une grande villa possède une architecture soignée de pierre et de brique. Au rez-de-chaussée sont installés les magasins de détail et des cordes, largement ouvert sur la rue par de grandes baies vitrées. A l'arrière, un grand entrepôt occupant un peu plus de la moitié de la parcelle accueille « le grand magasin ». Plus qu'un véritable centre de production, les établissements toulousains Saint frères semblent n'avoir été qu'un lieu de stockage et de diffusion de leurs produits dans le sud de la France.

Hôtel du Journal "Le Télégramme" et rue Constantine. Vers 1920. Merlin Eugène (photographe), carte postale n&b, phototypie, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi4611.

Télex : Retour de la Censure pour la presse - stop


mars 2017

Journal "Le Télégramme". Les services de la publicité. Vers 1940. Le Télégramme (éditeur) ; Séréni (photographe), carte postale n&b, 9 x 14 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi6392.La presse française entièrement libre depuis la loi du 29 juillet 1881 renoue avec la censure à la demande des militaires au début de la Grande Guerre. Comme ailleurs, les journaux toulousains, au nom de l'Union sacrée, suivent dans les premiers mois du conflit les recommandations de l'armée. A cette époque, quatre organes de presse ont pignon sur rue à Toulouse : La dépêche du Midi, L'Express du Midi, Le Midi socialiste et le Télégramme. Auparavant rue d'Alsace-Lorraine, ce dernier s'installe en 1912 dans un nouveau bâtiment situé en léger retrait des boulevards Lazare-Carnot. Il est agrandi à partir de 1923 par un nouveau corps de bâtiment au caractère plus industriel.
Le Télégramme, façade principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2017

Le bâtiment d'origine, situé à l'angle, s'impose par une façade au style architectural très marqué. Ses murs polychromes, faits de pierre et de brique sont coiffés par le gris bleuté du toit à haut comble couvert d'ardoise. Cet ensemble, si peu toulousain, évoque des modèles du nord de la France. Il est signé par les frères Isidore, Raymond et Antoine, qui réaliseront également le monument aux morts de Toulouse situé au cimetière Salonique.
Un escalier mène à la porte monumentale couronnée par la balustrade fermant le balcon supérieur. Au-dessus, une inscription sur fond d'or « Le Télégramme » rappelle toujours le journal. Une grande attention a été également portée au décor sculpté (reliefs, masques, consoles, pointes de diamant…) ainsi qu'à la ferronnerie.
Selon les plans, le rez-de-chaussée accueillait, entre autre, la salle des dépêches, la salle des linotypes (machines sur lesquelles étaient tapé les textes et qui créait les matrices servant à l'impression), le bureau de l'administrateur. Le sous-sol était réservé au tirage : dépôt de papier, salle des rotatives, salle des départs tandis qu'à l'étage prenait place des salons parloir et les salles de rédaction.

Papier en-tête de M. Moynet, 11 août 1885. Ville de Toulouse, Archives municipales, 4 D 479.

Plus blanc que blanc


février 2017

Petits arrangements entre amis                                                                        

En 1876, Mme Moynet fait construire un lavoir public au faubourg Guilheméry, longeant le réservoir d'eau de la ville. L'établissement est transformé en blanchisserie en 1881. Active jusqu'en 1971, elle se situait aux numéros 2 à 10 de l'actuelle rue de la Blanchisserie, dont le toponyme en a conservé le souvenir. Un papier à en-tête donne un aperçu du bâtiment industriel avec son avant-corps central percé de grandes baies en plein-cintre et sa haute cheminée. Les origines de cet établissement sont mouvementées. En effet, la propriétaire de la blanchisserie n'est autre que l'épouse du chef du service des eaux de l'époque, lequel s'est attribué quelques largesses lors de la fondation de l'usine et a abusé de sa position au sein de l'administration municipale de l'époque. Il est d'ailleurs renvoyé en 1881, au moment où les faits apparaissent à la nouvelle municipalité mise en place depuis peu.

Les termes de la concession d'eau établis en 1876, au moment où notre homme est à la tête du service des eaux, prévoit un débit mesuré de sa prise d'eau (directement au réservoir qui lui est contigu) de 2 litres d'eau par secondes. Lors du procès que la ville lui intente, les experts estiment que, soit il a agi sans discernement (ce qui semble étonnant au vu de ses qualifications), soit il n'avait aucune intention de respecter le débit octroyé (ce qui semble en effet le cas). Il est donc condamné à verser à la ville 2 278 francs le 17 janvier 1888. L'activité de la blanchisserie se poursuit tout de même jusqu'en 1971, époque à laquelle M. Micouleau, son propriétaire, fait construire un immeuble à son emplacement, sur les plans des architectes Paul et Pierre Glénat.

Élévation principale. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2008,IVC31555_20083103233NUCA_P

De l'utilité de la porte charretière


janvier 2017

Jusqu'au début des années 1990, Toulouse était une ville qui accueillait encore sur son territoire de nombreuses fermes, liées notamment à l'activité de maraîchage. Depuis, un grand nombre de ces édifices a disparu, victimes en particulier de l'urbanisation des quartiers nord de la ville.

La ferme du 28 rue Loubiague est, quant à elle, toujours en place, et bénéficie depuis 2010 d'une protection dans le PLU, comme une trentaine d'entre elles reparties sur le territoire de la commune.

Porte charretière. Photo Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2008 IVC31555_20083103236NUCA_PConstruite dans le 1er quart du 20e siècle, elle reprend les caractéristiques traditionnelles de ce type de bâti. De plan rectangulaire, la ferme est orientée plein sud. Les parties agricoles sont situées dans le prolongement du logis. Ce dernier, encadré par les pilastres superposés, s'organise en sept travées. Le rez-de-chaussée est surmonté par un comble à surcroît. Pour sa part, la partie agricole est percée par une grande baie en plein-cintre composée d'une porte charretière, dont la grande taille facilite le passage des véhicules agricoles. Cette dernière est surmontée d'une ouverture d'imposte permettant d'engranger les récoltes directement dans le comble.

Ce bâtiment se distingue par le soin apporté à son enduit polychrome formant des panneaux aux coins échancrés soulignés par des cernes blancs et par son faux appareil de pierre marquant son soubassement. Ensemble, ils dissimulent les matériaux de construction dont la mise en œuvre alterne les assises de brique et de galet. Une noria et une remise de la même époque complètent encore aujourd'hui l'ancien site agricole.

Villa 8 rue Georges-Clemenceau.Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2016, IVC31555_20163100411NUCA.

Le « Grand parc » dans le quartier de Saouzelong : un lotissement sur le Gril


décembre 2016

Approuvé par les arrêtés préfectoraux du 19 novembre et du 14 décembre 1925, le lotissement du Grand parc est créé par Louis Gril, industriel à Toulouse, dont la famille a fait fortune dans la fabrication de chaussures. Situés entre l'avenue Crampel, la rue du Midi, le canal et les serres municipales, les terrains concernés par le lotissement ont une surface de plus de 90 000 m2 et la création de 1 737 mètres de nouvelles voies est prévue dans le projet.

Cependant, la division de ces terrains et la construction des nouvelles maisons débutent en 1922, avant la promulgation de la loi du 19 juillet 1924 réglementant la création des lotissements et obligeant les lotisseurs à viabiliser les parcelles avant leur commercialisation. Louis Gril ne s'est pas préoccupé de cet aspect de la question et l'ingénieur de la ville fait remarquer à de nombreuses reprises les problèmes d'évacuation des eaux dans les rues nouvellement créées. Les difficultés persistent, allant jusqu'à la condamnation en 1931 par le tribunal de Toulouse de M. Gril, l'obligeant à verser des dommages et intérêts à la ville et à divers propriétaires et à faire exécuter les travaux de mise en viabilité de voirie dans le lotissement du Grand parc.

Villa 9 rue Bertrand-Gril. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2016, IVC31555_20163100416NUCA.Malgré ces ennuis, les maisons construites dans les années 1920-1930 dans ce lotissement présentent une architecture de qualité et sont l'œuvre d'architectes toulousains de renom. Edmond Pilette y est largement représenté, c'est d'ailleurs lui qui construit la villa du Grand parc pour Louis Gril en 1924. Dans un style encore plus pittoresque, avec son appareil de moellons en opus incertum, la maison du 9 rue Bertrand-Gril est également réalisée selon ses plans. Les frères Thuriès, auteurs entre autres du « vaisseau amiral » de l'usine Job aux Sept-Deniers, réalisent en 1926 la maison de style néo-basque au 8 rue Georges-Clemenceau.

A la fin des années 1950, Pierre Gril, le fils du fondateur, vend une partie des terrains à une société immobilière qui fera construire un ensemble de logements « économiques et familiaux », comprenant 218 appartements, 8 boutiques et 107 garages selon les projets, sur les plans de l'architecte Jean-Pierre Pierron. Pierre Gril fera lui-même édifier par le même architecte un ensemble de 43 logements, dont le permis est délivré en 1959.

Toulouse. La Garonnette. Vers 1900. Éditions V.P. - Paris. Ville de Toulouse, Archives municipales, 9Fi258.

L’arche disparue du pont de Tounis


novembre 2016

En 1515, les capitouls décident de faire reconstruire en maçonnerie le pont de bois reliant le quartier de la Dalbade à l'île de Tounis. Ce pont qui enjambe le bras de la Garonne appelé Garonnette est régulièrement détruit par les crues violentes du fleuve. Les travaux semblent s'étirer sur plus de dix ans et rencontrent des difficultés, notamment en 1518 avec l'effondrement d'une pile du pont emportée par le courant.

La construction du pont de Tounis. Annales manuscrites de la ville de Toulouse, 1516-1517, chronique sans n°, ([gauche/droite/verso], détail. Ville de Toulouse, Archives municipales, BB273.L'ouvrage en construction est représenté à la demande des capitouls dans les annales de la ville de 1516. Le pont de brique se compose de trois arches reposant sur deux piles dont les éperons permettent de rompre le cours de l'eau. Édifié en pente, il rattrape un dénivelé de plus de 5 mètres entre la rive et l'île. Remis en état régulièrement, il traverse les siècles et offre aux habitants de l'île de Tounis la possibilité de circuler plus sûrement entre les deux rives.

Le pont de Tounis. Plan de l'île de Tounis et des terriers donnant sur la Petite Garonne, dressé à l'occasion du procès entre les religieuses Sainte-Claire du Salin et le premier président Le Mazuyer (1650). Attribué à Hilaire Pader, détail. Ville de Toulouse, Archives municipales, 61Fi1.Ce pont, aujourd'hui le plus vieux de Toulouse, est peu visible. La Garonnette, asséchée à la fin des années 1950, a été transformée en voie de circulation. Quant au pont, il n'offre plus aux yeux des Toulousains qu'une fraction de son élévation. En effet, il semble que l'ouvrage, à partir de la seconde pile, ait été rapidement enserré par les constructions de l'île de Tounis avant de disparaître, complètement absorbé par les aménagements urbains du 19e siècle. La pose d'un enduit imitant la pierre de taille et la reconstruction partielle de l'éperon dissimule son aspect d'origine et affecte sa valeur historique.

Ancien hôtel de Champreux. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Occitanie – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2010, IVC31555_20103100426NUCA

Un hôtel particulier pour l’Espagne !


octobre 2016

Dans la rue Sainte-Anne se trouve le consulat d'Espagne et, juste à côté, le logement du consul. Ce dernier prend ses quartiers dans l'ancien hôtel particulier du Marquis de Champreux d'Altenbourg construit à la fin du 19e siècle dans un style très classique évoquant, par de nombreux détails, le 18e siècle. Cet édifice se joue des codes de l'hôtel particulier pour mieux les adapter à la petite taille du terrain. En effet, le bâtiment se déploie en fond de parcelle. Il est précédé par un espace servant de cour et de jardin tandis que deux pavillons latéraux reliés par un mur de clôture et un portail l'isolent de la rue.

L'élévation principale combine les caractéristiques de la façade sur cour et de celle sur jardin. Symétrique, de plan en U, même si les ailes latérales sont peu saillantes, elle se développe sur un sous-sol semi-enterré servant de soubassement au rez-de-chaussée accessible depuis le perron par un double accès. Des baies segmentaires animent les murs. Elles sont ornées d'une clé sculptée d'une feuille d'acanthe, et de deux branchages rappelant le 18e siècle, tout comme les garde-corps évasés du 1er étage aux motifs de feuillage. Deux d'entre elles portent les armoiries de la famille : d'un côté celles du marquis de Champreux, et de l'autre celles de son épouse, née de Saint-Félix. Un toit à la « Mansard » couvert d'ardoises et éclairé par de petites lucarnes couronne le bâtiment, renforçant l'impression d'architecture classique.

Malgré toutes ces références au passé, la modernité n'a pas été oubliée, grâce notamment aux colonnes candélabres supportant la marquise qui, dès la nuit tombée, apportaient un éclairage bienvenu !

Le Pont-Neuf depuis le quai de Tounis. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart ; Laure Krispin, Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées – Inventaire général / Toulouse Métropole / Ville de Toulouse, 2012, IVC31555_20123102123NUCA

Un pont pas si neuf résistant encore aux assauts de la Garonne !


septembre 2016

La construction du pont Neuf, essentiel pour Toulouse, a été longue et laborieuse. En 1541, une autorisation royale permet aux Capitouls de lever des taxes exceptionnelles destinées à financer la construction d'un nouvel ouvrage en maçonnerie sur la Garonne, pour remplacer d'un côté le pont couvert en bois de la Daurade et de l'autre le Pont-Vieux, réutilisant les structures antiques de l'ancien aqueduc. Trois ans plus tard, les travaux d'édification de la première pile démarrent sous la direction de Nicolas Bachelier, grand architecte toulousain de la Renaissance, auteur notamment de l'hôtel d'Assézat.
Le Pont-Neuf et son arc de triomphe avant 1860. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3 Fi 140.L'impétuosité des eaux retarde sans cesse l'avancement du chantier, certaines crues emportant des éléments construits. La sixième et dernière pile est érigée à la fin du 16e siècle, et le début du 17e siècle voit l'édification des arches puis la pose du tablier. La mise en circulation de l'ouvrage s'effectue enfin en 1632. Dix ans plus tard, le Pont-Neuf, qui mérite alors bien son nom, est embelli d'un arc de triomphe monumental édifié sur la rive gauche (puis démoli en 1860).
Aujourd'hui plus ancien pont de Toulouse enjambant la Garonne, le Pont-Neuf est resté longtemps le seul axe reliant la rive droite et la rive gauche. En effet, il faut attendre le milieu du 19e siècle pour que les Toulousains se décident à affronter de nouveau la Garonne, non sans difficultés, puisque les ponts Saint-Pierre et Saint-Michel sont emportés par les crues de 1855 et 1875 !


Dans le cadre des journées européennes du patrimoine, une balade « bords de Garonne », invitant à la découverte du patrimoine en lien avec le fleuve dans sa traversée du centre-ville, est accessible sur Urban-Hist en mobilité, tandis qu'une version papier sous la forme d'une « carte de poche » peut être retirée auprès de l'office de Tourisme.

 

Pont des Catalans et ses pavés de bois, vers 1916. Vue perspective de la voie sur le pont, prise des Amidonniers vers Saint-Cyprien, où l'on constate les désordres de voirie liés au pavage de bois. Au fond sur la gauche le dôme de La Grave. Photographie NB, 16,5 x 22,5 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 5629.

Un pont en déroute


juillet-août 2016

Le pont des Catalans, construit entre 1903 et 1913 suivant les plans de l'ingénieur des Ponts et Chaussées Paul Séjourné, se distingue à l'époque des autres ouvrages d'art toulousains par son pavage. En effet, en 1911, il est décidé que ce pont serait couvert de pavés de bois ! Contrairement à ce que l'on peut penser de prime abord, ce n'est pas par manque de financement que cette solution est choisie -elle est d'ailleurs plus coûteuse comme le rappelle un conseiller lors d'une séance municipale- mais bien car elle parait être la plus résistante selon l'avis du concepteur. En effet, ce type de pavement, mis au point en Angleterre au milieu du 19e siècle, a principalement l'avantage de limiter le vacarme provoqué par les véhicules et les chevaux martelant le sol. Toutefois, il n'est pas exempt de défauts.

Le pont des Catalans depuis les Amidonniers. Phot. Olivier Balax (c) Inventaire général Région Occitanie, 1996, IVR73_19963100989ZA.Très sensibles à l'humidité, les pavés n'ont pas tardé à se rebeller et à soulever la chaussée, provoquant ci et là de véritables monticules. A posteriori, on se demande ce qui a amené Paul Séjourné à effectuer ce choix pour un pont ! En dehors de cette anecdote, il est bon de rappeler que cet homme, grand ingénieur, spécialiste des ponts et viaducs a construit un grand nombre d'ouvrages de qualité mêlant la maçonnerie traditionnelle et le béton, dont le pont des Catalans est un exemple original et gracieux. En effet, ce dernier se compose de deux ponts en brique réunis par une dalle en béton. Il est également l'auteur à Toulouse de l'actuel pont Paul-Séjourné, enjambant le canal de Brienne, dans l'alignement du pont des Catalans, et bâti pour parachever la ceinture des boulevards effectuant le tour de la ville.

Bureaux et logement du directeur de l'ancienne usine des gadoues. Phot. Inv. Philippe Poitou. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19983100900XA, 1998.

Oh la gadoue, la gadoue...


La gadoue dont il question n'est pas un simple mélange de terre et d'eau de pluie, dans lequel les enfants aiment patauger, protégés par leurs bottes en caoutchouc, il s'agit ici d'un terme un peu désuet, employé pour désigner des ordures ménagères.

A Toulouse, l'usine des gadoues est construite en 1926 sur l'île du Ramier. Elle servait à l'incinération de ces déchets, dont la vapeur se dégageant de leur combustion alimentait le réseau de chauffage de certains bâtiments municipaux et permettait de chauffer l'eau de la piscine du parc des sports voisin. Une autre partie de cette vapeur était transformée en électricité et venait compléter la production de la centrale hydroélectrique toute proche. Les cendres recueillies servaient également à la fabrication d'engrais ou de matériaux de construction (briques de mâchefer). Il ne reste plus aujourd'hui de cette usine que le bâtiment qui abritait autrefois le logement du directeur. Ce bel exemple de l'architecture toulousaine d'entre les deux guerres est encore visible sur le chemin qui mène au Stadium (chemin qui risque d'être fortement fréquenté en ce mois de juin, moisBureaux et logement du directeur de l'ancienne usine des gadoues. Phot. Inv. Philippe Poitou. Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 19983100900XA, 1998. footbalistique s'il en est). L'usine des gadoues est désaffectée au moment de la mise en service de celle du Mirail en 1969. Fonctionnant sur le même principe, l'usine d'incinération transforme les déchets en chaleur et en électricité, alimentant les quartiers alentours. L'architecte Alexis Josic est l'auteur du bâtiment. Membre de l'équipe Candilis, Josic, Woods qui a conçu la ZUP du Mirail dans ces mêmes années 1960, il est choisi en vue d'améliorer l'esthétique de ce bâtiment, en premier lieu pensé pour sa fonctionnalité.

 

Pavillon de thé du jardin japonais. Phot. Inv. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Meynen, Nicolas. (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2004.

Du Zen dans la ZAC : la sérénité extrême-orientale au cœur de Toulouse


mai 2016

Inscrit à l'intérieur de la zone d'aménagement concerté de Compans-Caffarelli (1972), le jardin du même nom abrite un discret jardin japonais, dissimulé derrière une enceinte blanche aux tuiles grises. Conçu en 1982 sur le modèle des jardins de Tokyo selon les vœux du maire de l'époque, Pierre Baudis, grand amateur de culture orientale, il est labellisé « Jardin remarquable » par le Ministère de la Culture en 2006. Il a été rebaptisé du nom de Pierre Baudis le 11 mai 2016.

Véritable havre de paix, le jardin japonais peut se concevoir comme un univers calme et clos, ouvrant sur un espace intimiste à l'esthétique japonaise soignée, mais aussi, comme la découverte d'un lieu codifié, où de nombreux symboles et légendes accompagnent les pas d'un visiteur attentif.La statue d'un grand maître du Zen, Taïsen Deshimarii. Phot. Inv. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Meynen, Nicolas. (c) Inventaire général Région Midi-Pyrénées, 2004.

Pour s'en imprégner, une fois franchi le Torii - portique peint un rouge symbolisant le passage vers un monde spirituel - il suffit de suivre les chemins sinueux entre les essences d'arbre taillés en forme de nuage, de contourner les rochers de granit - sièges des divinités de la nature - ou de traverser le pont courbe, dont le rouge vermillon se reflète sur un lac peuplé de carpes koï. Afin de puiser l'inspiration dans une nature maîtrisée, domptée, offerte à la méditation, le promeneur peut s'ouvrir à la contemplation de la mer de sable du jardin Zen, et, au gré des ondes minérales, s'arrêter près des îles de la Tortue et de la Grue. Il peut aussi étancher sa soif spirituelle à la source métaphorique de la cascade sèche, ou bien contempler, dans la quiétude, la représentation du mont Shumisen, montagne de l'Axe du monde, gardée par une lanterne en pierre.

Pour clore ce voyage dans la mystique japonaise, le promeneur peut enfin s'arrêter dans le pavillon de thé en cèdre rouge, pour méditer sur une sentence du maître zen Taisen Deshimaru (1914-1982), dont la statue est nichée dans la verdure : « Il est parfois utile de se reposer ».

Fontaine Ravary, détail du médaillon. Phot. Fouquet, Julien, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 2016, non coté

Miraculeuse ou non potable ? Les déboires de la fontaine Ravary.


avril 2016

C'est au cœur même de l'église de l'Immaculée Conception de Bonnefoy en construction que le père Guillaume-Philippe Ravary, premier curé de la paroisse, découvre, en 1863, une source d'eau providentielle.
Analysée en 1874 et déclarée d'une limpidité parfaite, la source attire à elle de nombreux habitants du faubourg qui constatent des effets curatifs ; la réputation de cette eau grandit et dépasse bientôt la cadre du quartier, puis de la ville.

Il n'en faut pas plus pour le père Ravary qui, pour financer le chantier de son église, fait imprimer en 1887 un prospectus avec des témoignages de guérisons (gravelle, diabète, anémie...) et met en vente, à un sou le litre, « l'eau de l'Immaculée Conception ».

Il organise alors sa distribution à travers les rues de Toulouse, avec un tonneau monté sur roues et tiré par un cheval, mais aussi par le train, dans des bonbonnes (10 litres pour 5 francs).

Fontaine Ravary. Vue d'ensemble. Phot. Fouquet, Julien, Ville de Toulouse ; Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, IVC31555_20163100039NUCAEn 1944, en hommage au père Ravary, le chanoine Barthas confie la construction d'une fontaine publique à l'architecte Callebat et fait procéder à de nouvelles analyses par la Faculté de Médecine de Toulouse. La conclusion est toujours gravée sur le marbre de la fontaine : « Reconnue bactériologiquement très pure ».
Remise en eau et inaugurée par le maire de Toulouse en janvier 1991, les analyses détectent cette fois une forte présence de nitrates dans l'eau et la fontaine est longtemps affublée d'un panonceau « eau non potable », aujourd'hui disparu. La fontaine Ravary a été récemment rénovée et « l'eau de l'Immaculée Conception », jadis célèbre, continue de couler, gratuitement mais par intermittence, de 9h30 à 11h30 et de 14h à 16h. Alors qu'une prochaine analyse de l'eau doit avoir lieu, elle continue d'être consommée car « jamais personne n'a été malade » ; et ça, c'est déjà un miracle !

Halle d'abattage. Elévation antérieure sur cour en 1992. Phot. Noé-Dufour, Annie, Inventaire général, Région Midi-Pyrénées, 1992, IVR73_20043104736ZA.

Quand les abattoirs deviennent les Abattoirs ! ... ou l’histoire d'un site d’abattage promu en lieu culturel


mars 2016

En janvier 1823, la municipalité décide de regrouper les différents abattoirs de Toulouse tenus par des particuliers en un seul lieu hors les murs, en s'inspirant des modèles parisiens réalisés selon les dispositions du décret de 1810. En 1825, une ordonnance royale autorise la ville à construire ses abattoirs publics, interdisant par la même occasion les tueries particulières. Un terrain appartenant aux hospices civils de Toulouse est choisi sur la rive gauche de la Garonne, en bordure du fleuve chargé d'évacuer les déchets. Le nouveau bâtiment est construit entre 1827 et 1831 d'après un projet de l'architecte Urbain Vitry. Ce dernier propose des plans d'une grande rationalité : au centre de la parcelle, une grande halle accueille les échaudoirs pour les veaux et les bœufs ; dans l'alignement, un second bâtiment en arc de cercle est dédié aux porcs ; tandis que de part et d'autre, en lisière du terrain, se répartissent les corps de bâtiments annexes servant de bouverie et de bergerie. Des réaménagements et des agrandissements sont réalisés dans les années 1880 puis dans le 1er quart du 20e siècle avec la mise en place notamment des grands frigos.

Le site est fermé en décembre 1988. Les bâtiments de Vitry sont protégés au titre des Monuments historiques par arrêté le 13 mars 1990. D'importants travaux sont alors entrepris entre 1997 et 2000. Les extensions successives sont démolies tandis que les constructions d'origine sont adaptées pour y aménager un musée d'art contemporain : les Abattoirs !