ARCANES, la lettre

Sous les pavés


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archive ou de ressources en ligne. Retrouvez ici une petite compilation des articles de la rubrique "Sous les pavés", dédiée à l'archéologie.

SOUS LES PAVÉS


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Un bijou (de famille) de la Préhistoire : les bisons affrontés de la grotte du Portel, photographie Xavier Leclercq, 1975, archives de l’association des Amis de Vals.

Bijoux de famille (et de la Préhistoire)


avril 2026

Dans la première moitié du 20e siècle, Henri Bégouën et Joseph Vézian se croisent au sein de la Société archéologique du Midi de la France et contribuent, chacun à sa manière, à la promotion de la Préhistoire à Toulouse. Le premier en donnant des cours à la faculté et en valorisant les collections préhistoriques du Muséum d’histoire naturelle dont il est conservateur. Le second par des prospections de terrain qui l’amènent à découvrir un site paléolithique sur le coteau de Pech-David. Ces chercheurs ont aussi en commun d’avoir fondé deux dynasties d’archéologues car leurs fils et petits-fils sont devenus, à leur suite, des préhistoriens émérites. 

Mais mieux encore, par des destins étonnamment parallèles, ces deux familles partagent les mêmes bijoux. Ayant toutes les deux une attache dans le département voisin de l’Ariège, chacune de leur propriété recèle un joyau de la Préhistoire, c’est-à-dire une grotte ornée. Pour la famille Vézian, c’est la grotte du Portel et pour la famille Bégouën, il s’agit du triptyque des cavernes du Volp : Enlène, Trois-Frères et Tuc d’Audoubert. Comme le montre la photographie que nous présentons, on peut admirer sur ces deux sites de magnifiques représentations de bisons, entre autres œuvres d’art majeures que l’on peut retrouver sur papier dans leurs monographies respectives, publiées récemment. 

Carnet de prospection de la section archéologique du Cercle toulousain de numismatique et d’archéologie, 1975-1976, archives Gérard Villeval.

Archéonyme


mars 2026

Dans le domaine de l’archéologie, l’acronyme le plus connu est probablement SRA, désignant le Service régional de l’archéologie basé à la DRAC, Direction régionale des Affaires culturelles. Tous les archéologues se doivent d’être en rapport avec ce service de l’État chargé de contrôler toute activité de fouille en France. L’INRAP, Institut national de recherches archéologiques préventives, a su aussi se faire une abréviation en tant que principal acteur de cette discipline. Cette structure est l’héritière de l’AFAN, Association pour les fouilles archéologiques nationales. Les archéologues travaillant pour Toulouse Métropole attendent, quant à eux, pour fixer leur acronyme, qu’on sache qui passera définitivement à la postérité, entre Service archéologique ou Cellule archéologique. 

Certains sigles ont hanté la recherche toulousaine comme le TCF, Touring-Club de France, qui animait un groupe d’archéologie antique dans les années 1960. Puis, une décennie plus tard, apparut le CTNA, Cercle toulousain de numismatique et d’archéologie. Sa section archéologique fit quelques prospections de terrain comme le montre le carnet que nous présentons. On y voit le compte-rendu de leur première sortie à Fourquevaux, le 20 décembre 1975. Ce jour-là, sous la direction du regretté Gérard Villeval, fut levé le plan d’un souterrain médiéval qu’un effondrement avait mis au jour quelques mois plus tôt. 

Astrolabe aménagé sur la voûte d’une galerie, extrait de Perspectiva horaria sive de horographia gnomonica, tum theoretica, tum practica, libri quatuor, Emmanuel Maignan, 1648.

Du céleste sur la voûte


février 2026

Avant l’installation, dès le 18e siècle, d’un observatoire astronomique à Toulouse, quelques initiatives avaient déjà été prises pour faire parler les cieux. En dehors des simples cadrans solaires ou des astrolabes portatifs, deux réalisations sont particulièrement spectaculaires. La plus ancienne, encore en place et que nous avions déjà présentée dans un précédent numéro d’Arcanes, est une carte du ciel dessinée au 13e siècle dans une galerie de la basilique Saint-Sernin.  

La seconde était un astrolabe « catoptrico-gnomonique », maintenant disparu, réalisé par l’un des plus célèbres savants toulousains, le Père Emmanuel Maignan, dans le couvent des Minimes. Il aménagea aussi un autre exemplaire de cette céleste fantaisie au monastère de la Trinité des Monts lors de son séjour à Rome entre 1636 et 1650, où l’on peut encore l’admirer. Il écrivit même un ouvrage sur ce sujet, d’où est tirée l’illustration que nous présentons. Le principe était de capter un rayon de soleil à travers la fenêtre d’une galerie, et de le réfléchir sur les parois et la voûte où était dessiné un réseau complexe de lignes et de repères. Par l’interprétation de ces abaques, on pouvait déduire, entre autres, l’heure dans différentes parties du monde ou la saison de l’année. Décrite en 1638 par Léon Godefroy, cette œuvre perdue est très probablement la même que celle que l’astronome Antoine Darquier de Pellepoix disait avoir vue au monastère des Minimes en 1777 et qu’il dénomma « méridienne ».

Récipient, antique et énigmatique, découvert rue Tripière à Toulouse en 2023, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Lanterne en suspens


janvier 2026

Lors d’une intervention archéologique réalisée à Toulouse en 2023, au n°10 de la rue Tripière, un étrange artefact a été découvert dans une couche datée du 4e siècle de notre ère par une monnaie. Comme vous pouvez le voir sur notre illustration, il s’agit d’un récipient globulaire en céramique grise, percé d’une ouverture circulaire à bord plat. Un peu perplexes quant à sa fonction, et après avoir écarté l‘hypothèse que ce soit le Saint Graal, on a fini par suggérer que cela pouvait ressembler au réservoir d’une lampe. Sauf que les lampes à huile romaines sont généralement plus petites et pourvues d’un bec, d’un pied et d’un tenon de préhension. 

Pour notre objet, la mèche allumée, en l’absence de bec, peut reposer sur le large rebord. Et sans pied, on pourrait imaginer que l’on pouvait le pendre. En effet, on connaît de nombreux exemples de lampes suspendues dans l’Antiquité et au Moyen Âge, souvent en métal ou en verre d’ailleurs. Deux chaînettes entrecroisées, ou soutenant un cerclage, pourraient avoir maintenu notre réservoir en l’air. Néanmoins, en attendant de trouver un exemplaire identique dans la littérature archéologique, nous laisserons notre hypothèse de lanterne suspendue un peu en suspens. 

Statue d’Henri IV dans la cour du Capitole, 30 octobre 2024, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Fausse barbe


décembre 2025
Quand on admire la statue du roi Henri IV qui orne la cour centrale du Capitole, l’hôtel de ville toulousain, on peut s’interroger sur sa présence. Installée là en 1607, elle aurait dû être détruite à la Révolution, comme toutes les autres effigies royales. D’autant plus que les historiens nous apprennent qu’elle a bien disparu à cette époque pour être remplacée par une sculpture représentant la Liberté.
Disparue certes, mais pas détruite. Reléguée on ne sait où, on décida de la remettre à sa place en 1808. On n’avait donc pas osé se débarrasser définitivement du « Bon Roi Henri ».
Pas détruite certes, mais peut-être pas si bien conservée que ça. En effet, avant de pouvoir l’exposer à nouveau, la municipalité fut obligée de faire appel à un sculpteur de renom, François Lucas, pour la restaurer.
Pourquoi ? Pour masquer quelques ébréchures occasionnées accidentellement lors de sa dépose ? Ou pour réparer des dégâts beaucoup plus importants, peut-être volontaires d’ailleurs, comme une mutilation de la face ? Cette question s’est posée en 1926 quand on a eu l’idée, un peu risquée, de faire nettoyer la statue par les pompiers à grand coup de jets d’eau. L’opération s’arrêta immédiatement car la figure du roi, dit-on, commença à fondre ! Les journaux rapportèrent alors que cette tête n’était pas l’originale, mais une copie en plâtre.
Nous avons eu l’occasion d’approcher cette statue récemment comme le montre la photographie que nous présentons. Pas vraiment de visage fondu, mais néanmoins un bout de nez disparu. Peut-être le stigmate de la douche de 1926 ? Une étude technique de ce monument qui permettrait de démêler l’authentique du rafistolage, et enfin élucider cette rumeur de fausse barbe, serait assurément passionnante.
Fragment de pot de chambre en faïence découvert en 1998 à l’hôtel Saint-Jean de Toulouse, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Mort en selles


novembre 2025

Les archéologues découvrent parfois les vestiges d’une cave plus petite que d’habitude. Puis on s’aperçoit qu’elle est remplie d’un sédiment plus fin que d’habitude. On réalise alors qu’il s’agit d’une fosse de latrines et que sa fouille, à moins d’être spécialiste des parasites intestinaux, va être quelque peu fastidieuse. Heureusement, on y déniche parfois quelques objets. En général des monnaies qui, à force de baisser son pantalon, ont fini par glisser de sa poche et tomber dans le trou. En dehors de ces structures particulières, on retrouve aussi souvent, dans des milieux du 18e siècle ou postérieurs, des latrines portatives, c’est-à-dire des pots de chambre. Le fragment qui illustre cette note a été recueilli lors d’une intervention menée dans l’hôtel Saint-Jean de Toulouse en 1998. Il se caractérise par une base très large pour limiter le risque de renversement. Et il s’agit d’une faïence stannifère, c’est-à-dire d’une poterie recouverte d’un vernis opaque à base d’étain offrant de nombreux avantages : épais, il empêchait la pâte de s’imprégner de mauvaises odeurs ; clair, il permettait de cartographier aisément les zones bombardées ; lisse, il assurait un nettoyage aisé. 

Si l’on s’intéresse plus au geste qu’à ses conséquences, certaines sculptures ou peintures montrent, dès le Moyen Âge, des personnages cul nu. Pourtant il est souvent difficile de savoir s’il s’agit d’une simple posture de provocation, d’un dégagement gazeux en cours ou d’une livraison imminente d’un colis. Mais une découverte exceptionnelle attend les archéologues de notre région : celle du squelette d’un individu « mort en selles », pour ainsi dire. Un registre conservé dans nos archives municipales, contient une chronique de faits mémorables advenus aux 16e et 17e siècles. On y apprend qu’en 1597, un soldat participant au pillage d’une église en Espagne s’accroupit et fit ses besoins sur une image de la Vierge qu’il avait jetée à terre1. Mais il ne put jamais se relever, instantanément et définitivement figé dans cette position délicate par la vengeance divine. Il réussit néanmoins à revenir, sûrement très péniblement, en France mais décéda peu après, probablement de honte.

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1- Livre des criées de Mathieu Micheau, BB 153, f° 82-82v.

Blasons capitulaires de 1600-1601 sur l’ancienne école de médecine démolie en 1898, photographie Jules Chalande, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2R40.

Premiers zéros


octobre 2025
Introduits en Occident dès l’époque médiévale, les chiffres dits arabes (en fait inventés en Inde) s’y diffuseront ensuite par le biais de l’imprimerie, ou des décorations monumentales comme celle représentée sur notre illustration. On y voit les blasons des Capitouls toulousains de l’exercice 1600-1601, millésimes que l’on retrouve gravés de part et d’autre de cette sculpture. Elle commémorait la date de reconstruction de l’ancienne école de médecine, et cette photographie, prise par l’historien Jules Chalande, la montre encore en place sur ce bâtiment disparu qui se trouvait dans la rue des Lois, avant d’être démoli en 1898. Ces armoiries furent heureusement récupérées et, après un bref passage dans une collection privée, remontées dans les locaux de la faculté de médecine des allées Jules-Guesde. Inconnus des chiffres romains et nouveauté de la numérotation arabe, on peut donc y voir de nos jours, peut-être pas les premiers zéros jamais inscrits sur un monument toulousain, mais probablement les plus anciens encore conservés.
En M, un bouche-troubles alias l’ancienne porte murée de Villeneuve, Plan de la ville de Toulouse dédié et présenté à Monsieur Frère du Roi le 21 juin 1777, Joseph Marie de Saget dessinateur et Pierre Gabriel Berthault graveur, Mairie de Toulouse, Archives municipales, II686 (extrait).

Bouche-troubles


septembre 2025
Les troubles, c’est le sujet de l’un des premiers livres imprimés à Toulouse : Histoire de M. G. Bosquet sur les troubles advenus en la ville de Tolose l’an 1562 . Cette année-là, pendant quelques jours du mois de mai, huguenots et catholiques s’affrontèrent au prix de plusieurs centaines de morts. Apparemment, ce furent les protestants qui lancèrent les hostilités, lassés d’être constamment brimés dans l’exercice de leur nouvelle religion. Et ce sont eux qui perdirent finalement la partie. Le 17 mai, ils furent tous expulsés par l’une des sorties orientales de la ville, la porte de Villeneuve, qui fut aussitôt murée. Toulouse venait ainsi d’inventer le concept de bouche-troubles. Pour quelle raison ? Probablement symbolique, mais aussi hygiénique, puisque les Annales de la ville indiquèrent que la porte était dorénavant « contamynée ». Avant d’être finalement démolie vers 1780, elle fut aussi surnommée « porte du Ministre », en référence aux pasteurs protestants, ou « de Notre-Dame » car une statue de la Vierge y avait été installée, probablement en guise de décontaminant. Les plans anciens, tels que celui que nous présentons, permettent de la localiser à l’emplacement de la cour de l’actuel hôtel Capoul, au n°13 de la place du Président-Thomas-Woodrow-Wilson.
Emplacement de la maison de Pierre Rat et de la ruelle disparue qui y menait, infographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole, fond de plan UrbanHist.

Rat apothicaire, Rue hypothétique


juillet - août 2025
On trouve dans le village de Pouvourville, au sud de l’agglomération toulousaine, un chemin du Rat. C’est un peu effrayant. D’autant plus qu’au début du 20e siècle, il s’appelait chemin des Rats. Ils ont donc probablement presque disparu et il n’en resterait plus qu’un. Dans la ville même de Toulouse, des rats, il y en avait aussi. C’est prouvé par les archives, car le cadastre de 1571 recense bien un Rat, qui se prénommait Pierre et qui était apothicaire. Il résidait dans une ruelle sans nom, qui menait de l’église des Jacobins à la Capelle Redonde, c’est-à-dire l’actuelle place de la Daurade. Mais cette voie a disparu au début du 17e siècle, absorbée par les propriétés qui la bordaient, notamment le Noviciat fondé par les Jésuites. Et aucun plan de la ville n’est assez ancien pour la représenter. Si on observe attentivement le plan cadastral de 1680, on s’aperçoit néanmoins que l’arpenteur semble avoir pris des mesures le long de certaines portions de cette rue dont on pouvait probablement encore déceler la trace. De plus, en s’aidant d’indices que l’on peut récolter dans les cadastres de 1571 et 1550, qui n’ont pas de plans mais seulement des matrices décrivant les propriétés, on peut essayer de reconstituer son cheminement. Ce tracé hypothétique vous est proposé dans l’illustration ci-contre sur un fond de carte Urban Hist. On y indique aussi l’emplacement de la maison de notre pharmacien qui, avec un tel patronyme dont nous reproduisons la graphie d’époque, devait certainement vendre des médicaments contre la peste. 
Plaques commémoratives encore en place au moment de la démolition des moulins du Château Narbonnais, cliché Direction des Travaux Publics, 5 mai 1942, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 16Fi1_2.

Monumentales crues, Monument aux crues


juin 2025
On peut souvent voir, dans les villes traversées par des cours d’eau soumis aux crues, des plaques indiquant la date d’un débordement exceptionnel avec un trait marquant la hauteur atteinte par les flots. À Toulouse, plusieurs de ces petits panneaux avaient été rassemblés sur la façade des moulins du Château Narbonnais. Ce n’est pas un hasard : cet édifice, qui avait les pieds dans l’eau, était fréquemment endommagé par les caprices de la Garonne. Comme nous pouvons l’apercevoir sur le cliché ci-contre, d’autres plaques, plus grandes et plus spectaculaires, étaient aussi fixées sur ce mur. Elles portaient de longues inscriptions, en latin ou en français, commémorant des dates de réparation ou de reconstruction des moulins. Nous avions là un espace commémoratif, un monument aux crues en quelque sorte. Nous parlons au passé car ce bâtiment n’existe plus, finalement démoli au début des années 1940 après non pas une inondation mais, cette fois-ci, un incendie. Mais le lieu même a disparu car le terrain qui supportait ces moulins a été évacué pour faire place à la rivière. Il faut donc maintenant imaginer, comme repère de localisation de cet ancien site, un point flottant dans les airs à quelques mètres au-dessus de la chaussée qui barre la Garonne en contrebas du quai de l’avenue Maurice Hauriou. L’une de ces inscriptions, datée de 1714, a été récupérée et est maintenant conservée au musée des Augustins de Toulouse. 
Extrait des procédures criminelles de 1733, Cour de justice des capitouls, Mairie de Toulouse, Archives municipales, FF 777/6, procédure # 168.

Anthique monastique


mai 2025

C’est dans un dossier de procédure criminelle de la justice des Capitouls de l’année 1733 que l’on trouve le document que nous présentons. Il s’agit du signalement d’un vol au couvent de Valbonne, probablement l’abbaye de ce nom située dans l’actuel département des Pyrénées-Orientales. Un jeune homme y avait dérobé « environ 30 médailles anthiques des Romains en argent » ainsi que d’autres monnaies et objets de valeur. Les religieux du 18e siècle étaient donc un peu archéologues, c’est-à-dire antiquaires selon le vocabulaire de l’époque ou plutôt « anthiquaires » dans notre cas. En effet, le goût de l’érudition avait envahi le monde monastique et beaucoup d’entre eux, comme les bénédictins de Saint-Maur, s’étaient lancés dans des études historiques pouvant déborder sur l’archéologie. 

D’ailleurs, plus près de nous dans le Tarn-et-Garonne, l’abbaye mauriste du Mas-Grenier possédait aussi une série de monnaies anciennes. Confisquée à la Révolution, elle fut incorporée aux collections publiques de Toulouse en 1796 où elle était conservée, dans des sacs, à la bibliothèque de la ville. Or un autre médaillier confisqué s’y trouvait aussi : celui de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse qui était enfermé à part dans une armoire scellée. Ces deux ensembles numismatiques auraient dû avoir un destin différent puisque l’Académie fut finalement autorisée à reprendre sa collection. Mais, le 17 mai 1815, ses représentants récupérèrent à la bibliothèque leur armoire… et, par erreur, les sacs de monnaies qui ne leur appartenaient pas. Ils mélangèrent ensuite inextricablement ces deux lots créant ainsi un ensemble au statut hybride et ambigu, mi-bien public de la Ville et mi-propriété privée de l’Académie. 

Triens en or à l’effigie Sévère III découvert lors des fouilles archéologiques de la ligne A du métro de Toulouse, infographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

L'or maudit de Toulouse (nouvel épisode)


avril 2025

Nous avions déjà parlé du consul romain Caepio qui, après avoir exhumé l’or que les Toulousains avaient caché dans des lacs, perdit rapidement son butin, donnant ainsi à toute richesse dorée provenant de notre ville, un parfum de malédiction. Et parfois l’histoire se répète. 

En 1990 et 1991, on procéda à des fouilles archéologiques préalablement à la construction de la première ligne de métro toulousaine. Puis, à l’ouverture de la station Station-Alsace, on décida d’y exposer temporairement les plus beaux artefacts découverts. Notamment le triens en or, illustré ci-contre, à l’effigie de Sévère III qui a régné de 461 à 465. Monnaie rare, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas d’une frappe officielle mais d’une imitation locale dont le style approximatif ne présentait pas vraiment l’empereur sous son meilleur profil. Cette louable médiation s’arrêta prématurément dans la nuit du 5 au 6 décembre 1991 quand la vitrine d’exposition fut fracturée. Et voilà encore un objet en or toulousain qui disparaissait à peine mis au jour. Encore cette fameuse malédiction. Peut-être faudrait-il faire appel à un exorciste ? Qui conclura probablement qu’il fallait utiliser une vitrine plus solide. 

Miniature de l’année capitulaire 1516-1517, Annales manuscrites de la ville de Toulouse, 1er livre des Histoires, Mairie de Toulouse, Archives municipales, BB273.

La repentance, c'est féminin


mars 2025

C’est curieux de voir de parfaits synonymes trouver leur différence par le biais du genre. Prenez les termes pénitence et repentance. Dès le Moyen Age, on trouve des confréries de pénitents et pénitentes, regroupés dans un esprit d’entraide et de salut de leur âme. Par contre, pas de repentis, seulement des repenties. Essentiellement des femmes acceptant d’entrer en religion pour quitter la prostitution. Les historiens toulousains connaissent les repenties grâce à l’image que nous présentons : une miniature miraculeusement rescapée de l’autodafé révolutionnaire de 1793 qui a détruit le plus ancien manuscrit des Annales de la ville. On y voit les Capitouls conduisant au monastère des prostituées convaincues de quitter le péché à la suite d’un prêche. On trouve souvent la date de 1516 pour cet évènement. Peut-être faut-il la corriger. C’est bien l’année capitulaire 1516-1517 qui est concernée, mais les Capitouls prenant leur fonction en décembre ont plutôt réalisé leur projet dans le courant de l’année 1517. Le couvent créé à cette occasion, dit des Repenties ou de la Madeleine, subsistera jusqu’à la Révolution avant d’être démoli. Il se trouvait au niveau des numéros 41 à 49 de la rue des Couteliers. 

Mais il avait failli disparaître dès 1601. À cette époque, presque toutes les religieuses avaient été emportées par la peste et la seule nonne qui restait avait tourné démone. Elle avait installé son fils, qu’elle avait eu avant d’entrer dans les ordres, dans le monastère dont elle avait dilapidé les meubles et commencé à vendre les boiseries. De plus, elle l’avait transformé en lupanar en y organisant des rencontres entre des prostituées et leurs clients. Les Capitouls envisagèrent alors de fermer la baraque. Non sans une arrière-pensée : récupérer ce terrain pour y reconstruire la halle aux poissons de la ville qu’ils souhaitaient déménager. Mais, manquant de coordination de leurs politiques publiques, leur projet échoua. Car cette même année, ils avaient aussi lancé une répression vigoureuse contre la prostitution. Résultat : ils eurent bientôt sur les bras plus d’une vingtaine de nouvelles repenties qui avaient préféré la prière au fouet. Les Capitouls n’eurent pas d’autre choix que de restaurer le couvent pour les loger.

Détail d’un tableau représentant le Pont-Neuf de Toulouse attribué à Pierre-Joseph Wallaert, 18e siècle, Inv 43.5.1, © Musée du Vieux-Toulouse, photographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

En vent par deux.


février 2025

L’apparition du moulin à vent dans nos contrées semble remonter au Moyen Âge. Mais probablement d’abord sous la forme de structures charpentées légères qui tournaient en bloc sur elles-mêmes, plutôt que les grandes tours circulaires maçonnées à toit pivotant que nous pouvons, rarement, apercevoir sur le faîte de nos coteaux. Pourtant, jusqu’au 19e siècle, on en trouvait partout avant que l’activité de minoterie ne se centralise, notamment dans les grands moulins à eau fonctionnant sur la Garonne à Toulouse. Quand on avait repéré un spot exceptionnellement venteux, on pouvait en profiter au mieux en construisant deux moulins côte à côte comme on peut le voir sur l’illustration ci-contre. Ce sont les anciens moulins du village de Pouvourville, au sud de l’agglomération toulousaine, qui dressent leurs silhouettes en arrière-plan de ce tableau du 18e siècle exposé au musée du Vieux-Toulouse. Il n’en subsiste rien de nos jours mais ceux qui voudraient retrouver cette atmosphère donquichottesque pourront se rendre à Lézat-sur-Lèze, dans l’Ariège, où les moulins jumeaux de la Garde dominent encore le paysage. 

Les moulins à vent ne se trouvaient pas obligatoirement en hauteur et étaient quelquefois implantés en fond de vallée. Ils pouvaient même former des couples mixtes. À la limite des communes de Quint-Fonsegrives et de Saint-Orens-de-Gameville, on trouve encore un moulin à eau désaffecté, assis sur la rivière Saune. Or il était jadis accompagné d’un moulin à vent, maintenant disparu, édifié quelques mètres à côté. Ainsi quand le cours d’eau tombait à sec, le meunier pouvait très rapidement changer sa meule d’épaule. 

Restitution de la roulette protohistorique en terre cuite du Cluzel et silhouette d’une des roues en bronze de Fa à la même échelle. Infographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Protohistoire à roulette


janvier 2025

Le musée Saint-Raymond de Toulouse possède deux magnifiques roues en bronze appartenant à un char datant de la Protohistoire, plus précisément entre la fin de l'âge du bronze et le début de l'âge du fer. Découvertes à Fa, dans l'Aude, au 18e siècle, elles furent acquises par l'antiquaire Charles-Clément Martin de Saint-Amand, puis par l'Académie des sciences de Toulouse, avant d'intégrer le musée toulousain par le biais des saisies révolutionnaires.
D'un diamètre de près de cinquante-quatre centimètres, et parfaitement fonctionnelles, on évoque souvent à leur propos l'hypothèse d'un char cultuel plutôt que celle d'une simple charrette.

En 1983, l'archéologue André Muller qui fouillait l'habitat protohistorique du Cluzel, au sud de la commune de Toulouse, a mis au jour deux fragments d'une petite roue en terre cuite.
D'un diamètre de près de huit centimètres, c'est-à-dire six à sept fois plus petite que les roues de Fa, cette roulette est manifestement un morceau d'un modèle réduit de char.
On peut imaginer un objet cultuel utilisé dans le cadre domestique. Ou plus simplement un bimbelot pour enfants ? Mais jouer à la roulette, c'est hasardeux avec des objets fragiles en céramique.

En haut, pillage de l’or des lacs sacrés toulousains par les Romains, gravure de Sébastien Le Clerc publiée dans les “Annales de la ville de Toulouse” par Germain de La Faille, Toulouse 1687. En bas, copie du courrier du maire de Toulouse aux fabriciens de Saint-Sernin du 5 juillet 1808 - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 2D 266.

Limnai sacrés : balade dans une église


décembre 2024

La péripétie la plus fameuse de l’histoire antique de Toulouse est certainement sa soumission en 106 avant notre ère, par le consul romain Q. Servilius Caepio. Non seulement celui-ci mata la révolte des Toulousains, mais il s’empara aussi de leur or qui était caché en partie dans des lacs sacrés, orthographiés λίμναι ἱεραί (limnai hierai) par l’historien grec Strabon citant Posidonios. On sait que Caepio perdit ensuite une grande partie de son butin et sombra dans la déchéance, donnant à ce trésor un parfum de malédiction qui devint proverbial.

Certains archéologues contemporains auraient plutôt tendance à localiser ces plans d’eau quasi-légendaires au niveau d’une ancienne zone marécageuse qui existait en bordure sud de la ville actuelle. Les historiens du 19e siècle ont, quant à eux, cherché à des endroits plus improbables. Pour preuve le courrier de 1808 que nous présentons, dans lequel le maire de Toulouse avertissait les fabriciens de Saint-Sernin que les antiquaires de l’Académie des sciences allaient débarquer dans leur basilique pour y rechercher un lac…

Au mieux ont-ils pu visiter, pendant leur balade, un puits à eau dérobé qui se trouve effectivement sous cette église. Aménagement certes curieux mais certainement sans rapport avec la topographie lacustre antique. 

Antiquaires-numismates du XVIIIe siècle étudiant leur médaillier, graveur Franz Ertinger, illustration publiée en 1715 dans « La Science des Médailles antiques et modernes » de Louis Jobert.

Disparition feutrée


novembre 2024

Les archéologues d’aujourd’hui sont les héritiers des antiquaires d’autrefois qui étaient, avant tout, des numismates. Ils possédaient donc une collection de monnaies anciennes appelée médaillier, terme qui désigne aussi par extension le meuble qui sert à les conserver. Celui-ci est composé de plateaux en bois montés en tiroirs et divisés en cases. Ils sont de plus couverts de feutre. La raison ? C’est assurément plus joli et cela minimise les frottements. Isoler les pièces du bois peut probablement aussi éviter une altération, surtout pour les monnaies en bronze sujettes à l’oxydation. 

Le bruit court qu’une société savante de notre région aurait mis au rebus, il y a quelques années à l’occasion de la réorganisation de ses locaux, un vieux meuble-médaillier devenu trop encombrant. On aurait évidemment pris soin de le vider au préalable, mais on ne fut peut-être pas assez prudent. En effet, plusieurs monnaies dissimulées, qui avaient glissé inopinément sous le feutre déchiré et décollé par endroits, auraient pu alors être jetées. Désolante histoire que l’on préfèrerait imaginaire. Mais si quelqu’un pouvait témoigner de sa véracité, cela voudrait dire que ces monnaies n’auraient pas été perdues pour tout le monde… À l’occasion d’un prochain récolement de sa collection numismatique, cette société pourrait alors indiquer dans son inventaire, à propos des pièces disparues, non pas la classique mention « non retrouvée » mais plutôt « disparue dans le feutré ». 

Dans l’illustration que nous présentons, il est difficile de distinguer, faute de couleurs, le feutre qui garnissait les tiroirs du médaillier. Son auteur, Franz Ertinger, n’est pas étranger à notre ville. Il a gravé plusieurs scènes de l’histoire de Toulouse, commandées par les Capitouls en 1683 et dessinées par Raymond Lafage. 

Le double tracé du rempart romain de Toulouse observé lors des fouilles de 1993-1995 entre la place du Capitole et la rue Mirepoix, infographie Marc Comelongue, Direction du Patrimoine de Toulouse Métropole.

Un risque professionnel en archéologie toulousaine : le strabisme.


octobre 2024

Les archéologues toulousains voient souvent double. Ou plutôt, ils peuvent littéralement déchiffrer le mot « double » dans la légende du revers des doubles tournois, l’un des types monétaires modernes le plus fréquemment retrouvé en fouille. Mais un véritable strabisme peut aussi se manifester pour des monnaies romaines. Sur les nummi au type « Gloria Exercitus » du Bas-Empire, on pourra loucher sur deux légionnaires parfaitement symétriques encadrant deux étendards identiques. Et au Haut-Empire, les deux portraits adossés d’Auguste et d’Agrippa des as de l’atelier de Nîmes nous pousseront à un strabisme cette fois-ci divergent. 

Cette pathologie peut aussi concerner des structures architecturales. Entre 1993 et 1995, l’Association pour les fouilles archéologiques nationales, devenue depuis l’Institut national de recherches archéologiques préventives, a effectué une fouille importante dans l’îlot situé entre la place du Capitole et la rue Mirepoix. Bien qu’elle soit mal documentée, car aucun rapport n’a jamais été rendu, on sait néanmoins qu’on y fit une découverte étonnante. À quelques mètres en arrière du rempart romain de la ville construit au premier siècle de notre ère, on a observé un tracé initial sous la forme de fondations creusées mais abandonnées avant d’être utilisées. Le croquis que nous présentons montre les vestiges du repentir avorté en rouge, mis au jour dans les périmètres fouillés en orange, et le tracé définitif du rempart en vert. Il ne reste plus qu’à essayer de comprendre ce double alignement. Pourquoi abandonner des travaux déjà bien engagés pour se déplacer de seulement quelques mètres ? On pourrait penser qu’on construisait simultanément plusieurs tronçons du rempart qui devaient normalement se raccorder. Mais on aurait commis une erreur de visée en adoptant une trajectoire trop déviante pour pouvoir être rattrapée. Il n’y a pas que les archéologues qui ont vu double, apparemment certains arpenteurs romains aussi.

Cour Henri IV du Capitole à Toulouse, vers 1873-1884, Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1Fi47 (détail).

Tours de passe-passe au Capitole


septembre 2024

Quand on entre au Capitole, l’hôtel de ville toulousain, l’œil se porte immanquablement sur une porte monumentale au fond de la cour centrale. Le point qui focalise d’abord l’attention est naturellement la statue du roi Henri IV qui la domine. Puis on est ensuite attiré par un grand texte en lettres d’or sur marbre noir qui s’étale sur toute la largeur du passage : HIC THEMIS DAT JURA CIVIBVS, APOLLO FLORES CAMŒNIS, MINERVA PALMA ARTIBVS qu’on traduit Ici Thémis donne la loi aux citoyens, Apollon les fleurs aux poètes, Minerve les palmes aux artistes. Cette inscription avait été placée là en 1771 pour témoigner qu’on rendait la justice au Capitole et qu’il abritait les académies des Jeux-Floraux et des Arts. Depuis cette date, on pourrait croire qu’elle n’a jamais bougé. On l’aperçoit, bien à sa place, sur les gravures du 19e siècle, les premières photographies connues du Capitole ou les cartes postales anciennes.
Et puis un jour, aux archives municipales de Toulouse, on tombe sur le cliché que nous présentons et que certains détails permettent de dater : après la restauration de la cour des années 1872-1873, mais avant la construction de la façade orientale du Capitole en 1884 qu’on ne voit pas en arrière-plan. Premier réflexe : elle est bien floue cette photo pour ne pas distinguer l’inscription HIC THEMIS… Mais en se rapprochant, on réalise qu’en fait elle n’est plus là ! En effet, on distingue à sa place un très long laïus qu’on ne parvient malheureusement pas à déchiffrer à cause de la petitesse des lettres. Il faudra alors consulter les notes de Ferdinand de Guilhermy, conservées à la Bibliothèque nationale à Paris, pour en savoir plus. Après de précédentes visites à Toulouse, il y revient en novembre 1873 pour examiner les restaurations en cours, s’étonne de ne plus voir l’inscription d’origine et transcrit le texte qui la remplace. Texte que nous pourrons ensuite retrouver dans les annales conservées aux archives municipales de Toulouse : c’était une inscription commémorant, en 1552, la construction du portail du Grand Consistoire. Cet ancien bâtiment du Capitole, situé derrière la porte que nous étudions, avait été démoli au début du 20e siècle.

Alors pourquoi vouloir rappeler son souvenir en 1873 en sacrifiant une inscription bien plus spectaculaire ? Mystère. En tout cas, cela ne plut pas à tout le monde. Les photographies postérieures à 1884 que nous connaissons montrent que l’inscription HIC THEMIS fit rapidement son retour. En fait, ce n’était pas son premier tour de passe-passe. On sait par le témoignage de l’archéologue Alexandre Dumège qu’elle avait déjà momentanément disparu en 1848 avant d’être promptement rétablie.

Structure de l’âge du barbecue ou foyer à galets chauffés reconnu par des préhistoriens pas-si-nuls, site de Laubis à Seilh, 2017, photographie Maïténa Sohn, Service archéologique de Toulouse Métropole.

Nul ne peut pas être archéologue


juillet-août 2024

C’est clairement spécifié dans l’un des principaux articles du code du Patrimoine : « Nul ne peut effectuer sur un terrain lui appartenant ou appartenant à autrui des fouilles ou des sondages à l'effet de recherches de monuments ou d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie. » Sauf qu’en lisant jusqu’au bout, on trouve la nuance : « …sans en avoir au préalable obtenu l'autorisation. » Donc, en théorie, un nul pourrait quand même être autorisé à fouiller. Un manuel lui sera alors peut-être utile. Dans une collection de publications à couverture jaune très connue, on ne trouve pas encore de tome intitulé L’Archéologie pour les Nuls. Mais La Préhistoire pour les Nuls est déjà disponible. Et on y parle d’ailleurs de Toulouse. 

Dans les années 1960, les archéologues y ont été confrontés à une énigme sur le site néolithique de Saint-Michel-du-Touch. Des centaines d’empierrements, de forme circulaire ou rectangulaire, ont d’abord été interprétés comme des fonds de cabanes. Mais des préhistoriens pas-si-nuls, observant que les galets qui les composaient étaient brûlés, ont fini par comprendre qu’il s’agissait de structures de combustion dédiées à la cuisson. Dorénavant bien identifiés, on repère maintenant fréquemment de ces foyers à galets chauffés sur de nombreux sites de la préhistoire récente ou de la protohistoire ancienne, comme on le voit sur l’illustration ci-jointe. Il n’en reste pas moins que l’étonnante concentration observée sur le site toulousain pourrait faire penser que notre ville a connu un véritable « âge du barbecue… » .

Médaille récompensant le concours de poésie de la société des Lanternistes de Toulouse, dessin publié dans le Mercure galant d'avril 1694.

Lumière dans la nuit, Ariège dans les débris


juin 2024

C'est en 1640 que fut créée, à Toulouse, la société des Lanternistes, précurseur de l'académie des sciences, inscriptions et belles-lettres, et non pas de la compagnie d'éclairage public. En effet, cette curieuse dénomination ne vient pas des lanternes utilisées par les sociétaires pour se rendre à leurs réunions nocturnes, mais plutôt de leur désir d'éclairer les esprits. C'est ce qui transparaît de leur devise apposée sur la médaille en argent qu'ils distribuaient comme prix de leur concours de poésie annuel : Lucerna in nocte. Comme le montre le dessin que nous présentons, cette légende entourait une étoile à l'avers, tandis que le revers montrait Apollon jouant de la lyre et légendé Apollini Tolosano. Avant de disparaître en 1704, les Lanternistes instituèrent aussi un concours de louange au Roi, récompensé cette fois-ci par une médaille en or portant d'un côté le portrait de Louis XIV et de l'autre Pallas s'appuyant sur un bouclier aux armes de Toulouse. Il semble qu'aucune de ces précieuses médailles ne soient parvenues jusqu'à nous. Le numismate toulousain Emmanuel Delorme, probablement frustré de ne pas posséder un original dans sa collection, fit même fabriquer en 1885 des reproductions en cuivre de la médaille Lumière dans la nuit.

Il faudra bien de la chance pour retrouver, lors de fouilles, l'une de ces raretés numismatiques, voire l'une des copies de Delorme. Pourtant, des médailles, on en exhume parfois. Lors d'une intervention récente dans le sous-sol de l'église Saint-Exupère, la cellule archéologique de Toulouse Métropole a découvert, parmi des débris jonchant une ancienne loge funéraire, la médaille d'une exposition-concours tenue à Foix en octobre 1894. Personne n'a su expliquer comment, à partir du centre du département de l'Ariège, elle avait fait son chemin jusqu'à la crypte d'une église toulousaine.

Boîte aux lettres pour bébés de l'Hôtel-Dieu de Toulouse... Cliché numérique. Marc Comelongue - Service de l'Inventaire patrimonial et de l'Archéologie de Toulouse Métropole, 2017.

Une nouvelle définition en archéologie du bâti : le « Merci Maman » ?


mai 2017

C'est en tout cas le nom que l'on pourrait donner à une structure architecturale dont Toulouse montre un bel exemple. En haut du grand escalier de l'Hôtel-Dieu, à droite de l'entrée principale, on peut voir une niche traversant le mur. Il s'agit d'un guichet un peu spécial, aménagé à l'époque moderne, qui servait à déposer les enfants que l'on voulait abandonner à l'institution hospitalière (vous y verrez même une poupée emmaillotée qui y a été placée pour reconstituer sa fonction).

En fait, il est dénommé « tour » à cause du plateau en bois, pivotant sur un axe, disposé en son milieu. Il permettait de déposer anonymement le bébé par l'extérieur et de le mettre rapidement à l'abri en tournant le plateau vers l'intérieur. Ensuite, l'avenir des bambins délaissés semble avoir été assuré.

Quand, en 2015, le Service archéologique de Toulouse Métropole a fouillé le cimetière de l'hôpital, situé sous l'actuel port Viguerie, seuls des ossements d'adultes ont été mis au jour...