Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

PILE


mars 2020

DANS LES ARCANES DE


Les capitouls de l'année 1630 siégeant au petit consistoire de l'hôtel de ville, actuellement rez-de-chaussée du Donjon. Huile sur parchemin par Jean Chalette. Mairie de Toulouse, Archives municipales, Livre VI des Annales manuscrites, BB 278, chronique 302.

Jouer son avenir à pile ou face


Quelle image vous faites-vous de la justice d'Ancien Régime ? Une justice impitoyable et cruelle, des individus jouant leur avenir à pile ou face, soumis à l'arbitraire des magistrats ? Si tel est le cas, vos références datent un peu... Vous auriez pu découvrir, dans l'exposition Justice commune qu'il n'en était rien ! Mais, ne vous inquiétez pas : nous vous offrirons une seconde chance de mettre vos connaissances à jour.
Le 2 avril, les plus grands spécialistes de la justice criminelle toulousaine d'Ancien Régime devaient se réunir à la bibliothèque d'Études méridionales, puis aux Archives municipales. L'occasion rêvée de découvrir les résultats des dernières recherches sur l'exercice quotidien de la justice rendue par les capitouls et sur l'espace du crime. Si vous restez bouche bée à une telle annonce, je vous invite à lire ou relire les meurtres décrits dans Meurtres à la carte. Depuis qu'ils ont défrayé la chronique dans la presse locale et nationale, en janvier dernier, six nouveaux meurtres y ont été ajoutés.
Bien entendu, l'actualité nous oblige à patienter un peu plus... Mais promis, on rempilera à la rentrée ! Pour tous les passionnés et curieux, cette journée, à laquelle vous serez tous cordialement invités, tombera pile-poil !
Eh oui, les piles de boîtes conservées aux Archives servent à construire, en béton armé, les fondations de la mémoire qui s'élèvent ensuite vers le ciel, telles les piles d'un pont...

ZOOM SUR


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La Défense de Toulouse contre les inondations (1937). Marius Bergé – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 85Fi23.

Variations autour des piles du pont... neuf


Mars 2020

Cette photographie ancienne sur plaque de verre exerce sur moi un pouvoir mystérieux. Elle capte mon regard, retient mon attention. Pourquoi certaines images nous aimantent-elles autant ? 
Est-ce dû à leur sujet – à un événement, un visage, une attitude qui nous interpellent, à un endroit qui nous est familier ou que l’on affectionne ? Ou cela tient-il à des considérations esthétiques de forme : à une lumière, un contraste, une composition particulièrement léchée ? 
Sur ce cliché, tout y est – ou presque. Une combinaison parfaite de fond et de forme. La forme d’abord : la prise de vue, en plongée, d’un chantier sur la Garonne qu’encadrent élégamment, au premier plan, le muret du Cours Dillon et, à l’arrière, le tablier et les arches du Pont-Neuf. Le sujet ensuite. Nous sommes en été 1937 et, conséquence des récentes crues, d’importants travaux sont engagés pour défendre Toulouse contre les inondations et renforcer les piles du pont. 
En contrebas, des ouvriers s’affairent sur une machine noire aux cheminées fumantes : la sonnette, chargée d’enfoncer les palplanches qui isoleront les piles le temps des travaux. A l’arrière-plan, dissimulés derrière un nuage de fumée, le pont et ses arches revêtent un aspect étrange.
J’aime l’atmosphère qui se dégage de ce cliché. Et peu importent, en définitive, les considérations de fond et de forme, tant que les images continuent ainsi de happer notre regard. 

DANS LES FONDS DE


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Cachet d'une lettre de la marquise de Livry au président Dubourg, mai 1784. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 5S457

Pile solaire


mars 2020

De quoi peuvent donc deviser deux dames de la haute société du 18e siècle lorsqu’elles échangent une correspondance soutenue pendant près de trente ans entre l’une à Paris (et à Soisy, l’été), et l’autre à Toulouse ?
De chiffons, oui. On se tient au courant des modes en vogue à la cour ou à la capitale, on s’échange des techniques de broderie, de couture. De cuisine, aussi, et autant vous dire que les canards engraissés « à la toulousaine » font fureur à Paris. De jardinage, bien entendu, avec des plantes nouvelles qui font fureur ou que l’on trouve simplement belles. Les cancans de Paris, Versailles ou de Toulouse n’y manquent pas, depuis le mariage espéré de telle fille de famille, les incartades de tel(le) autre, les grossesses et les accouchements, la fistule du marquis de N… et les maux d’estomac de Mlle N… que les purges ne suffisent pas à apaiser.
De telles informations, qui ne doivent guère surprendre entre deux amies d’enfance éloignées de deux cents lieues, sont le liant nécessaire de toute correspondance épistolaire.
En revanche, on doit accorder que ces deux dames affichent un intérêt marqué pour les arts : les pièces de théâtre en vogue sont, non seulement, décrites, mais encore critiquées, comme les ouvrages des philosophes ou des pamphlétaires.
Les avancées de la médecine éveillent aussi leur curiosité, particulièrement les voies parallèles comme le mesmérisme. Pour compléter le tableau, ces dames suivent avec intérêt les expériences des premiers ballons aérostatiques et ne se lassent pas d’en commenter les applications possibles. Et voilà même que madame Dubourg, la Toulousaine, parle à son amie d’une pile solaire, cette « découverte qui a été faite pour conserver la chaleur du soleil ».
Comme quoi, les femmes et leur intérêt pour la culture scientifique ne datent pas d’hier. Il y a même fort à parier que mesdames de Livry et Dubourg ont elles-mêmes participé ou fait des expériences, mais cela on ne le découvrira qu’en lisant l’intégralité de leur correspondance.
À cet effet, 446 lettres écrites entre 1774 et 1782 ont été rendues disponibles sur notre base de données en ligne. Et ce n’est qu’un début, car la correspondance échangée entre 1763 et 1773 devrait être numérisée l’an prochain.

LES COULISSES


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Local d'archives. Photo Soazig SANTRAN. Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté.

De pile en pile


Être archiviste s’apparente quelquefois (souvent même, il faut bien l’avouer...), au mythe de Sisyphe. Appréhender de vertigineuses piles de boîtes ou de registres, séparer le bon grain de l’ivraie, égrener d’interminables lignes d’inventaires et un million de fois, sur le métier, se remettre à l’ouvrage ! « Collecter, classer, conserver, communiquer, puis recommencer ! ». Tel est notre credo.

DANS MA RUE


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Immeuble Bonzom, 19 rue Saint-Bernard, détail de la porte d'entrée. Phot. Friquart, Louise-Emmanuelle ; Krispin Laure. Toulouse Métropole ; Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, 2020. IVC31555_20203100007NUCA.

Edmond Pilette, un architecte au poil


mars 2020

Venu d'Armentières après des études à l'école des Beaux-Arts de Paris, l'architecte Edmond Pilette (1882-1979) s'installe à Toulouse au lendemain de la Première Guerre mondiale. L'essentiel de sa production, tournée principalement vers une clientèle privée, se fait entre les deux guerres. L'une de ses premières réalisations toulousaines, l'immeuble Bonzom, situé rue Saint-Bernard, se démarque dans cette rue composée dans sa première partie d'édifices de la fin du 19e siècle aux lignes encore très haussmanniennes. Il est construit en 1919-1920 grâce à une ossature de béton armé dont la trame est largement visible en façade et sur le dôme. Il utilise là un vocabulaire classique réinterprété grâce à des matériaux modernes. L’immeuble d’angle haussmannien se transforme : le béton vient remplacer la pierre des pilastres et l’ardoise de la toiture, dans une façade toute en courbes. Il s'agit là d'un des premiers édifices à Toulouse laissant le nouveau matériau apparent. Autre innovation dans cette ville de brique : celles choisies par Pilette ne sont pas en terre cuite, mais en ciment, matériau dont la production se développe à la fin du 19e siècle, mais d’utilisation peu courante dans la Ville rose. La porte de l’immeuble Bonzom est ornée d'un beau décor de mosaïque aux accents Art déco. La même inspiration préside à la réalisation de son agence rue d'Aubuisson (qui abrite également son appartement à l'étage) : même ossature en béton armé apparente, avec un remplissage de brique de ciment, mais ici le décor se rapproche de l'Art nouveau. On retrouve aussi les briques de ciment sur l’immeuble du 6 rue Peyrolières, à la façade Art déco animée par un bow-window.
Au Grand-Rond, Edmond Pilette est nommé mandataire du lotissement réalisé par M. de Gontaut-Biron, rassemblant les grands noms de l'architecture toulousaine de l'entre-deux-guerres. La menace de destruction de deux de ses réalisations, la maison Guignard et l'hôtel particulier Calestroupat, ont ému des associations de défense de l'architecture et ont conduit à l'inscription au titre des Monuments Historiques de l'ensemble du lotissement en 2018, reconnaissance officielle de ce patrimoine et de ses représentants toulousains : Edmond Pilette bien sûr, mais aussi les Gilet, Thuriès et autre Jean Valette.

SOUS LES PAVÉS


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Extrait du plan d'arpentage du ramier de Virbes, plan aquarellé, auteur Deaddé, 1736, Mairie de Toulouse, Archives municipales, DD123/2.

Premier pont, dernière pile


mars 2020

Le plus ancien pont de Toulouse, connu dans les textes sous le nom de « Pont-Vieux », traversait la Garonne à une centaine de mètres en amont de l’actuel Pont-Neuf. Mentionné dès 1152 et réparé jusqu’en 1556, il n’apparaît plus sur les plans de la ville à partir du XVIIe siècle. En tout cas en entier, car les ruines de certaines de ses piles resteront visibles encore bien longtemps. La dernière, qui émergeait à une trentaine de mètres de la rive actuelle de la Prairie des Filtres, n’a été détruite qu’à la fin de l’année 1949. On l’appelait « Rocher de Callèbe », terme qui semble désigner le dispositif de bascule en bois qui y était anciennement implanté et que l’on peut voir, exceptionnellement, sur un plan d’arpentage de 1736 conservé aux archives municipales de Toulouse sous la cote DD123/2 (cette bascule apparaît aussi vers 1730 dans le Livre des vues et plans des villes de Bordeaux, Lanon, Toulouse, Montauban, du cour et des environs de la Garonne depuis Lormont au dessous de Bordeaux jusque au-dessus du Castel Leon dans la vallée Daran, par Jean Chaufourier et Hippolyte Matis, manuscrit rare passé récemment en salle des ventes). On y suspendait probablement la cage en fer, la « gabio », utilisée du XVIe au XVIIIe siècle pour le curieux supplice public qui consistait à plonger à plusieurs reprises dans le fleuve une personne condamnée. Ce pont se situait sur le trajet d’un aqueduc disparu qui traversait la Garonne au même endroit à l’époque romaine mais, contrairement à ce qui est souvent imprudemment avancé, rien n’indique, au vu des observations archéologiques les plus récentes, qu’il a réutilisé la structure de cet aqueduc, même en partie.

EN LIGNE


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Chromolithographie publicitaire du chocolat Guérin-Boutron représentant deux pièces de monnaie de l'époque de Raymond VI sur fond de saynète médiévale. Début du XXe siècle. Imprimerie F. Champdenis - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 14Fi543.

Pile ET face


Aux Archives, on s’intéresse à tout, ou presque. Et quelque part, c’est une chance : cela nous permet de varier les sujets et les thèmes de nos billets mensuels…
Ce mois-ci, je vous propose de nous intéresser à l’argent, non pas au métal, mais bien à ce qui se trouve (peut-être) dans notre porte-monnaie. C’est un sujet de circonstance, un mois avant la déclaration d’impôts ; il y a même des séries télévisées à succès ou des films qui s’en inspirent… mais n’essayez pas pour autant, si la folie ou la nécessité vous en prend, de venir nous braquer : nos ressources, certes inestimables, sont purement documentaires, et vous en seriez alors pour vos frais...
Donc reprenons. Pour prendre vos marques, rien ne vaut une petite bibliographie thématique introductive. Vous constaterez ainsi que, loin d’avoir une valeur purement nominale (côté pile), la pièce de monnaie peut aussi faire volte-face et l’on dit même qu’elle aurait causé la perte de personnes au profil trop bien dessiné… Mais ce qui importe davantage, c’est d’approfondir votre recherche en questionnant les sources, du 18e ou du 20e siècle, et de constater que les malversations financières, qui ne datent pas d’hier, ont finalement toujours été une préoccupation majeure de l’administration fiscale.
Alors n’hésitez pas à consulter notre base de données : vous y trouverez sûrement de nombreuses autres ressources à exploiter !