Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

Pain


octobre 2018

DANS LES ARCANES DE


Stand des laboratoires du Pain Moderne, produits de régime, lors de l'Exposition Nationale de l'Enfance, Toulouse, juin-juillet 1932. Cliché J. Saludas. Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi5555.

En peine de pain ?


octobre 2018
Comme les Archives sont notre pain quotidien, on ne pouvait pas déroger à ce mot, et même à cette thématique qui a fait la fortune de notre histoire : sous l'Ancien Régime, qui était visiblement amincissant, on a fini par manquer de pain, et c'est ainsi que le bon peuple versaillais alla chercher le boulanger, la boulangère et le petit mitron. Finalement, ce fut un consul qui, devenu empereur, proposa à son peuple un régime adéquat : en déclarant « Quand j'aurais appris qu'une nation peut vivre sans pain, alors je croirai que les Français peuvent vivre sans gloire », notre Napoléon, qui fut un sacré galopin, allait apporter la gloire au prix de milliers de vies. L'histoire ne le dit pas, mais son île d'origine était friande d'une spécialité nommée Panu di i Morti. Ses copains grognards apprécieront.
Mais revenons à Toulouse : qui se souvient que nous autres bons vivants avons osé pervertir ce qui fut la garantie de notre subsistance ? Eh bien, sachez que si une industrie a été oubliée par les Toulousains, c'est peut-être à juste titre celle-ci.
Nos pauvres enfants du nouveau régime n'avaient plus qu'à user leurs escarpins pour quérir une nourriture plus saine… Pauvres petits poupins !

ZOOM SUR


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Boulangerie de l'Ancien Bureau de bienfaisance, 15 rue Traversière-Saint-Georges (actuelle rue Louis Deffès). 1938-1940. Scène de cuisson du pain à la boulangerie du Bureau de bienfaisance : deux boulangers se tiennent devant le four où plusieurs miches sont prêtes à être défournées à l'aide d'une pelle ; cliché réalisé dans le cadre d'un reportage sur les services et les œuvres du Bureau de bienfaisance de la Ville. Marius Bergé, Ville de Toulouse, Archives municipales, 85Fi681

Quotidien


octobre 2018

Oui, j'ose aborder le pain de ce jour, pardonnez-moi cette offense, mais la tentation est trop forte. C'est un mal pour un bien. 
Nous avons, voyez-vous, engrangé un certain nombre de documents photographiques ces derniers temps, dont un fonds du musée des Augustins composé de plaques de verre, en cours de traitement et accessibles en ligne. Elles sont pour une bonne partie l'œuvre de Marius Bergé, homme de presse qui fonda Le Cri de Toulouse et La Gazette de Toulouse, et illustrèrent le Bulletin municipal, notamment les articles concernant l'action sociale de la ville. Je me devais de vous en faire part, d'autant que les Archives municipales utilisent à leur tour plusieurs photographies de ce fonds à l'occasion de l'exposition sur la fin de la Première Guerre mondiale qui se tiendra du 24 octobre au 18 novembre dans la salle des ventes du Crédit municipal, rue Urbain Vitry.

 

 

 

Ainsi, le Bureau de Bienfaisance est doté à partir de 1869 de sa propre boulangerie, rue Traversière-Saint-Georges, dans l'ancien quartier éponyme. Les images de ces miches alléchantes font rêver, on en devine le parfum et la chaleur, en penchant l'oreille on entendrait même les clapotis de la mie encore en expansion sous l'épaisse croûte craquante. Et si les horaires décalés, la chaleur du four, la rudesse de l'effort, la sueur perlant sur le front et creusant sont lit vers le foulard à travers la peau couverte d'une fine couche de farine ont raison de certaines velléités de reconversion, elles n'entament pas la motivation d'une chargée d'inventaire prête à tout pour se consacrer à la noblesse de la tâche. 

DANS LES FONDS DE


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Jeune fille transportant du pain, années 1960, fonds Ribière. Ville de Toulouse, Archives municipales, 41Fi359.

De la multiplication des pains...


octobre 2018

Il en est question dans les arrêtés municipaux réglementant l'établissement de la taxe et la vente du pain à la fin des années 1930 à Toulouse. Les temps sont durs, la guerre est à nos portes, et l'on ne rigole plus sur le prix du pain.

En 1939, finit les pains dits « de luxe » (ils n'étaient pas dorés à l'or fin, mais seulement faits sur commande avec de la farine de qualité supérieure, dite « de force » ou « de gruau »). En ces temps de restriction, la règle est aux pains dits de « consommation courante » et pour ce pain de tous les jours, la police administrative veille attentivement à ce qu'aucune farine gâtée ou avariée n'entre dans sa composition.

Toute règle ayant son exception, il reste possible, moyennant quelques centimes de francs supplémentaires, d'égayer sa table avec des pains « de fantaisie », des flûtes parisiennes ou des petits pains en forme de brioche ou de pistolet.

Le pastel. Gros plan sur les graines. 40 × 30 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 3Fi260 (détail).

En avoir un grain…


octobre 2018

C'est finalement drôlement cathartique de rédiger tous les mois un petit billet dans la lettre d'informations des Archives. En dépit des figures imposées, cela nous donne ainsi l'occasion de vous rouler (gentiment) dans la farine… tout en séparant le bon grain de l'ivraie. Car même si nous sommes parfois pris d'un petit grain de folie, nous nous efforçons toujours d'apporter une information fiable et (nous l'espérons) utile à votre moulin.

Mais revenons-en à la spécialité du jour : figurez-vous qu'il existe, dans le thésaurus de la bibliothèque, une entrée « Boulangerie », qui vous permet de consulter, d'un côté les notices des ouvrages indexés, et de l'autre, celles des articles de presse répertoriés. Toutes nos collections d'imprimés pertinentes accessibles en un seul clic !

Et si vous poussez un peu plus avant vos investigations, vous découvrirez que certains articles sont désormais lisibles depuis votre écran (en cliquant sur le contenu du champ Documents associés), sans même avoir à quitter votre chez vous… car si, en 1930, les boulangeries doivent fermer le dimanche sur décision du préfet, nos ressources numérisées sont, quant à elles, toujours disponibles.

DANS MA RUE


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Hôpital Marchant, galerie d'entrée, 2012. Phot. Louise-Emmanuelle Friquart, Laure Krispin - Ville de Toulouse ; Inventaire général Région Occitanie, IVC555_20123100557NUCA.

Complètement « pinpin » celle-là, elle est bonne pour Marchant !


octobre 2018

Les Toulousains connaissent bien cette expression qui énonce qu'une personne est complètement folle, bonne à interner ! Si de nos jours la psychiatrie est considérée par tous comme une spécialité de la médecine, avant le milieu du 19e siècle, le traitement de la folie était très sommaire : les aliénés, enfermés dans des hospices, hôpitaux ou prisons, souvent enchaînés, vivaient dans des conditions déplorables. Toutefois, grâce au travail des médecins d'origine toulousaine Philippe Pinel puis Etienne Esquirol, la maladie mentale est peu à peu reconnue en tant que telle, et des traitements mieux adaptés sont recherchés. L'impact des aménagements architecturaux est également pris en compte pour soigner les maladies physiques ou mentales. La collaboration entre les médecins et les architectes se développe et elle débouche sur la conception d'une architecture pavillonnaire où chaque pavillon est affecté au traitement d'une affection particulière.

À Toulouse, la construction d'un asile d'aliénés adapté à ces nouvelles théories débute en 1852 et se poursuit jusqu'en 1864, le manque de moyen retardant le chantier. Pour cette nouvelle construction, l'architecte Jacques-Jean Esquié travaille en collaboration avec les aliénistes toulousains. L'installation de l'hôpital à la campagne fait partie de la thérapie, tout en éloignant les « insensés » des bonnes gens.
Dès sa création, l'asile de Braqueville – nom du lieu-dit où il a été construit – est considéré comme un chef-d'œuvre, et son plan est publié comme modèle dans la Revue générale de l'architecture et des travaux publics. Les bâtiments s'organisent de façon symétrique autour d'une grande cour centrale, de part et d'autre de l'église, avec les pavillons des hommes d'un côté et ceux des femmes de l'autre, reliés par des cheminements couverts.
En 1937, il reçoit le nom de Gérard Marchant, en hommage au premier directeur et médecin aliéniste de ce lieu qui avait accueilli, dès le 1er juillet 1858, les patients délogés de l'hôpital La Grave.

SOUS LES PAVÉS


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Plaque commémorative datée de 1712 encore en place au moment de la démolition du moulin du Château narbonnais, cliché direction des Travaux publics, 5 mai 1942, Ville de Toulouse, Archives municipales, 1Fi938

Pain de Garonne


octobre 2018

Pour avoir du pain, il faut de la farine. Pour avoir de la farine, il faut du blé. Mais surtout il faut pouvoir le moudre. À Toulouse, cette tâche fut essentiellement assurée pendant des siècles par deux grands moulins à eau installés sur la Garonne, celui du Château narbonnais au sud de la ville et celui du Bazacle au nord. Mais les inondations du fleuve provoquaient souvent des dégâts durables et ces deux usines pouvaient alors être indisponibles au même moment. C'est ce qui arriva par exemple en 1712, poussant la ville au bord de la disette. En effet, il existait peu de solutions de remplacement. Les quelques moulins à eau installés sur la rivière de l'Hers, à l'est de Toulouse, ou sur le canal du Midi, ne suffisaient pas à compenser la production. De plus, il y avait étonnamment peu de moulins à vent autour de la ville, pourtant pays de vent d'autan. Les plus proches étaient les moulins jumeaux disparus de Pouvourville que je vous invite à découvrir dans l'arrière-plan d'un tableau exposé au musée du Vieux-Toulouse.

La sensibilité des Toulousains à ce type d'événement les avait incités à installer un espace « commémoratif » sur la façade du moulin du Château narbonnais. On pouvait y voir, jusqu'à sa démolition en 1942, des petites plaques indiquant la hauteur atteinte par la Garonne lors de ses débordements les plus importants ainsi que trois longs textes gravés, récupérés sur des bâtiments antérieurs, rappelant des épisodes de destruction-reconstruction en 1680, 1714 ou 1712, comme nous l'avons évoqué. L'une d'elle est conservée au musée des Augustins de Toulouse mais les autres semblent avoir disparu. Heureusement, les Archives municipales en conservent plusieurs photographies.

EN LIGNE


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Vue de l'avion Bréguet 941 stationné dans un champ en bordure de forêt de Bouconne, un troupeau de moutons paissant à côté de l'appareil. Photographie André Cros, 24 mai 1965. Ville de Toulouse, Archives municipales, 53Fi2251.

... et des jeux


octobre 2018

L'essentiel (panem) ayant désormais été assuré par les billets qui précèdent, je puis en toute liberté passer à un tout autre thème (circences) sans que ce hors-sujet ne choque personne.
Les jeux nombreux de dés ou de cartes d'Ancien Régime ? Bien trop compliqués pour nous désormais. Si le cul-de-chouette n'en fait pas partie, il y a toujours le pharaon, le biscambille, l'hombre, le lansquenet etc., où seuls les spécialistes de la crapette modernes sauraient peut-être s'en sortir. Délaissons aussi les jeux d'intérieur, comme le billard ou le jeu de paume.
Les jeux d'eau ayant déjà été évoqués dans le numéro d'Arcanes qui précède, passons aux jeux d'air. Tenez, celui qui consiste à projeter dans les airs au moyen d'une fronde tout projectile solide (mais non explosif toutefois). Eh oui, c'est le retour de la bonne vieille campe.
Ces plaisirs de la jeunesse attirent régulièrement des dizaines, voire centaines de joueurs, font les délices des chirurgiens qui doivent ensuite soigner et remettre sur pied les nombreuses victimes (autant les spectateurs que les participants). Les capitouls verbalisent, réglementent et croient pouvoir museler, éradiquer même ce sport local. Ah les naïfs : la fronde est certainement la première arme de jet de l'histoire (pensez aux guerriers Baléares dans Salammbô) et si les CRS courent la campagne avec des boucliers, c'est bien que les « campeurs » modernes resurgissent toujours.
Mais ne croyez pas que les jeux de plein air sous l'Ancien Régime étaient uniquement composés d'activités violentes : on avait le petit palet, le jeu de mail, les quilles, tous si délassants et bien innocents.
Enfin, on trouve encore « la course du mouton »*, ou « courir le mouton », dont nous reparlerons certainement sous peu, une sorte de grande fête populaire ouverte à tous où devaient se mêler les rires et les cris d'encouragement, adressés tant aux participants qu'au mouton galopant.

* une bergère qui m'est très chère m'assure que l'activité est intense, particulièrement lorsque le parcours est ponctué d'obstacles (ici sous forme de besals).