Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

FUMÉE


juin 2020

DANS LES ARCANES DE


Boîte cartonnée comportant des cahiers de papier à cigarette (20e s). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1OBJ29 (photographie Stéphanie Renard).

Job in progress


juin 2020

Qu'évoque pour vous le terme [fumé] ? Indirectement, c'est la question posée aux auteurs de ce numéro, qui, à partir du thème du mois, ont carte blanche pour laisser libre court à leur imagination. Signe des temps ou déformation professionnelle, la cigarette a moins la cote, remplacée par les volutes des flammes.

Et pourtant, au cours des décennies précédant l'implantation de l'industrie aéronautique, la manufacture des tabacs a joué un rôle capital dans l'histoire de Toulouse en employant près de 2 000 personnes ! Il s'agissait de la plus grande entreprise de la ville et de la deuxième manufacture des tabacs de France. Les liens avec le tabac ne s'arrêtent pas à la seule manufacture : dès 1880, la société Job s'installe sur Toulouse et développe sa production, grâce notamment à l'usine qui démarre son activité en 1931 dans le quartier des Sept-Deniers. L'entreprise Job est mondialement connue pour son papier à rouler les cigarettes. Son fondateur, Jean Bardou, est même l'inventeur, en 1838, de ces petites pochettes contenant des feuilles de papier prédécoupées. Cahier de papier à cigarette (20e s). Mairie de Toulouse, Archives municipales, 1OBJ29 (détail - photographie Stéphanie Renard).Afin que la mémoire de cette société ne parte pas irrémédiablement en fumée, les Archives municipales ont récupéré les archives de ce symbole toulousain, après sa liquidation en 2001.

Si, à la lecture de cet article, la nostalgie vous envahit, prenez le premier train en partance, histoire de vous changer les idées. Sur le quai de la gare, aucune fumée ne vous piquera les yeux, ni celle des machines, ni celles des cigarettes. Partez sans risque, les incendies se font plus rares de nos jours, les pompiers et les archivistes y veillent. Et n'oubliez pas d'emporter quelques jeux pour vous occuper pendant le trajet... Une partie de « Smoking Pursuit », cela vous dirait ?

ZOOM SUR


.

Gare Matabiau, quai et voie. 4 octobre 1899. Vue d'ensemble d'une locomotive à vapeur en gare. Eugène Trutat – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 51Fi13

Souffler


juin 2020

Le doux verbe, dont la seule pensée alimente chez moi des rêves d'autre-part ! Souffler, partir loin, à plus de 100 km, plus loin que la station spatiale internationale, pour plus longtemps que 55 jours, sans masque d'où les sourires ne peuvent plus jaillir que d'yeux, ni mètre, sans télé, sans travail, sans injonctions à la rentabilité du vide, sans école et sans maison. Partir juste dans un grand jardin ensoleillé, à bicyclette avec la liberté sur le porte-bagages. Soyons patients, ce sera pour bientôt. Nous retrouverons peut-être la même émotion qu'Eugène sur le quai de la gare Matabiau devant la fière mécanique fumante prête à l'embarquer vers les flots sétois en un éternuement !
Si nous ne pouvons attendre, il reste une solution : le visio-dépaysement. Cela consiste à se rendre sur une base de données bien garnie d'images, comme celle des Archives municipales, et à y entrer ses propres invites à la rêverie.

DANS LES FONDS DE


.

[Le buveur à la pipe]. Gravure hollandaise de Cornelis Danckerts, d'après Adriaen van Ostade, entre 1613 et 1656. Rijksmuseum, Amsterdam, inv. n° RP-P-1925-69.

Fumer tue !


juin 2020

En ces temps où la sacro-sainte science ne fait plus recette, chacun se rendant compte qu'il existe peut-être autant de façon d'aborder les sciences qu'il y a de scientifiques - et d'intérêts, nous clamons haut et fort, sans aucune étude à l'appui, que fumer tue !
Comme tous les scientifiques peu scrupuleux (ou les historiens peu scrupuleux – il y en a aussi), nous mettons en avant notre preuve unique : l'affaire Caboue, qui remonte à 1781.
Rappelons d'abord que chez les Caboue, on a la tête dure : en 1742, Antoine Caboue est assommé à coups de soliveau (FF 786/6, procédure # 175, du 13 décembre 1742) et on le relève cabossé et ensanglanté mais finalement sans conséquence fâcheuse. Le point faible des Caboue – leur talon d'Achille – semble être au niveau de la jambe gauche.  Venons-en aux faits : le 12 avril 1781, Jean Bonix, ébéniste natif de Copenhague, s'était mis en tête de fumer la pipe dans son cabaret préféré (FF 825 (en cours de classement), procédure du 13 avril 1781*). Paul Caboue, frère d'Antoine (et, comme lui, maçon de son état), visiblement très en avance sur la réglementation relative au tabac dans les lieux publics, s'avise de faire quelques reproches au danois fumeur, avant de lui arracher la pipe et même de la casser. Les deux hommes sortent pour vider leur querelle et tenter régler ce délicat point de législation en devenir. On ne saura pas exactement comment Caboue fait son affaire, mais dans la rixe qui s'ensuit, il a certainement eu le dessous, car il se retrouve avec la jambe gauche fracturée et va en décéder quinze jours plus tard ! Fumeur passif, Caboue est ainsi mort des méfaits du tabac.


Remarquez, si j'avais voulu déplaire ou aller à contre-courant des grandes vérités médicales et scientifiques sur les dangers du tabac, j'aurais pu utiliser à ma convenance le cas de Jean-Pierre Piquemal qui, en 1766, est sujet à des « tournements de tête » à tel point qu'il « extravague ». Les douleurs sont telles qu'il tente même de se jeter dans la Garonne pour en finir. Heureusement, il peut trouver un peu de soulagement dans le tabac, seule médication capable d'apaiser ses maux (FF810/6, procédure # 117, du 29 juillet 1766).

* Certes, la procédure n'est pas encore classée ni disponible dans nos fonds, mais vous pouvez toujours aller la lire aux Archives départementales de la Haute Garonne ; une copie du dossier ayant en effet été transmise au parlement lors du jugement de Bonix en appel – condamné à la pendaison, il obtiendra toutefois des lettres de grâce du Roi.

LES COULISSES


.

Magasin d'archives équipé du logo du Bouclier bleu. Frédéric Falba – Mairie de Toulouse, Archives municipales, non coté.

Partir en fumée… ou tout faire pour l’éviter !


juin 2020

Reconnaissez-vous ce symbole placé en haut des rayonnages ?
Il peuple un certain nombre de nos boîtes et magasins. Pourtant, il ne s'agit pas du blason d'un illustre chevalier dont les archives nous seraient parvenues !
Ce symbole représente le comité international du Bouclier Bleu, l'équivalent de la Croix-Rouge dans le domaine culturel. Sa présence signale l'existence d'un plan d'urgence pour l'évacuation des collections, notamment en cas d'incendie. Car comme chacun sait, l'incendie est le pire cauchemar de tout archiviste : d'un coté le feu réduisant les documents à l'état de cendre, de l'autre, l'eau utilisée pour éteindre l'incendie endommageant gravement les archives. Ce qui n'est pas brûlé n'est pas sauvé pour autant !
Élaboré par notre direction en partenariat avec le SDIS (service départemental d'incendie et de secours), le plan d'urgence permet d'évaluer les risques, de se préparer à y faire face, et minimiser le plus possible les impacts du sinistre.
L'entretien du bâtiment, une signalétique claire, et des exercices réguliers avec les pompiers sont indispensables. L'une des mesures de ce plan d'urgence consiste à établir des priorités de sauvegarde des fonds, et c'est là que notre blason joue pleinement son rôle ! Réfléchissant et apposé sur les boîtes, rayonnages ou portes des magasins, il permet aux pompiers d'identifier rapidement quels documents évacuer en premier parmi nos 15,6 km linéaires d'archives. On retrouve dans la liste les documents les plus anciens et prestigieux comme les Annales ou le procès Calas par exemple.
Après le travail des pompiers, c'est l'équipe des archives qui prend le relai pour garantir les meilleures conditions de préservation possibles : transfert des archives restantes, identification, traitement des documents mouillés (congélation ou séchage selon les dégâts, car il ne faudrait pas que s'ajoute une troisième catastrophe : les moisissures), dépoussiérage pour les documents exposés aux fumées, ou autre procédure particulière de traitement pour les supports plus fragiles tels que le cuir, le parchemin ou les procédés photographiques. C'est là une opération qui nécessite d'avoir été anticipée, car il faut en effet avoir prévu des lieux de repli suffisamment grands pour éparpiller chaque article, et avoir prévu le matériel nécessaire : étiquettes, buvards, sac de congélation, gommes, gants, brosses, déshumidificateurs, étendoirs, feutres… tout ce qui peut aider à identifier, dépoussiérer, faire sécher.
Mais les archivistes ne peuvent pas faire face seuls, et un peu d'aide est toujours bienvenue dans ce genre de situation. Une liste de prestataires et partenaires est établie à l'avance pour savoir vers qui se tourner en temps voulu, quelle que soit la nature du problème.

Soyez donc rassuré, dans l'éventualité où un incendie se déclarerait aux Archives municipales, nous sommes préparés pour faire en sorte que tout ne parte pas en fumée !

DANS MA RUE


.

Incendie du Printemps rue d'Alsace-Lorraine, le 11 mars 1964. André Cros - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 53Fi3181.

Feu le Printemps


juin 2020

Le 11 mars 1964, au centre de Toulouse, les pompiers luttent contre l'incendie qui ravage le grand magasin "Le Printemps". Ce dernier a pris la place de l'enseigne "Au Gaspillage" installé là depuis 1879, au moment où se développent les grands magasins. En effet, à partir de la fin des années 1870, les nouveaux aménagements urbains, s'inspirant des percées parisiennes, permettent de créer deux grands axes dans la ville, les rues d'Alsace-Lorraine et de Metz, le long desquels emménagent peu à peu les négoces les plus en vue. C'est l'opportunité pour les Toulousains d'accéder enfin au grand commerce de détail. Le premier d'entre eux est le magasin Lapersonne qui occupe pendant de longues décennies l'actuel bâtiment de Midica, place Esquirol.
A cette époque, la rue d'Alsace-Lorraine s'achève et offre de nouveaux écrins à ce type de commerce, véritable temple dédié à la consommation. Le plus marquant est sans nul doute le bâtiment situé au bout de la rue, palais de verre et de fer, dont l'intérieur se distingue par sa verrière monumentale et son grand escalier mêlant bois et ferronnerie de style Art nouveau. Inauguré en 1904 sous l'enseigne "Au Capitole", il fait une forte concurrence aux commerces déjà en place.

 

167. Toulouse. Rue d'Alsace-Lorraine : le grand magasin "Au Gaspillage". [Léon & Lévy] - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 9Fi12.

"La Maison Universelle", dont les portes ont ouvert en 1875, présente une façade majestueuse face au square du Capitole. Son créateur, l'entrepreneur Antoine Labit, n'a pas lésiné sur les pilastres à chapiteaux, les rotondes d'angle et la sculpture monumentale !
A quelques mètres de là, "Au Gaspillage", construit selon les plans de l'architecte Jacques Jean Esquié se distinguait par le traitement de son angle couronné par un fronton et sur lequel se concentrait l'essentiel du décor : colonnes cannelées, chapiteaux, panneaux sculptés comme le laissent voir les cartes postales anciennes. Le bâtiment fragilisé par l'incendie est rapidement démoli puis remplacé par un immeuble contemporain signé par l'architecte toulousain Pierre Génard.

SOUS LES PAVÉS


.

Le moulin du Château incendié en cours de démolition en 1942. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 16Fi1/48 et 16Fi1/49 (montage).

Notre blé part en fumée !


juin 2020
Non, dans cette froide matinée du 15 février 1940, ce n'est pas devant la succursale de la Banque de France que les Toulousains commentent le panache d'un incendie mais devant la minoterie du moulin du Château. Ce moulin à eau, implanté sur la Garonne depuis le Moyen Âge, n'en était d'ailleurs pas à sa première fumigation céréalière, puisqu'il avait déjà brûlé le 28 août 1883. Mais la flambée de 1940 allait lui être fatale. Non seulement il ne sera pas reconstruit et sera remplacé par le quai et les immeubles d'habitation de l'avenue Maurice Hauriou, mais son canal de fuite, petit bras du fleuve nommé la Garonnette, fut comblé. Tout le quartier de Tounis, dorénavant rattaché au continent toulousain, cessa ainsi d'être une île.
En complément de quelques photographies et gravures perpétuant son souvenir, les archéologues retrouvent parfois des traces de ce moulin du Château nommé ainsi à cause de sa proximité, relative, avec l'ancien Château Narbonnais qui défendait le sud de Toulouse. Vers 1970, c'est en implantant un collecteur d'égouts que l'on découvrit, entre autres artefacts, l'une de ses meules et des pieux ferrés qui avaient servi à asseoir ses fondations. Puis en 1984, des travaux effectués dans la Garonne permirent de retrouver des pièces de bois et du petit mobilier (poteries, monnaies). En effet, une partie de cet ancien moulin occupait un espace maintenant parcouru par le fleuve, car le nouveau quai construit sur son emplacement après sa disparition fut implanté en retrait de l'ancienne rive.

EN LIGNE


.

Calendrier publicitaire pour la fabrique de papier à cigarettes toulousain sans colle GOS, représentant une jeune femme brune en buste, de trois-quart, vêtue d'une robe décolletée, fumant une cigarette. 1900-1910. Lithographie, 52 x 38 cm. Mairie de Toulouse, Archives municipales, 20Fi1278 (détail).

Smoking Pursuit


juin 2020
Envie de découvrir autrement la richesse de nos fonds ?
Venez tenter votre chance et tester vos connaissances grâce à notre petit questionnaire, librement inspiré d'un célèbre jeu de société...


Géographie : Avec quel pays frontalier Toulouse a-t-elle, au cours de sa longue histoire, tissé des liens si indéfectibles que l'industrie du papier à cigarette a parfois choisi de s'exprimer dans sa langue ?   ► Indice

Divertissement : Quel costume, réservé aux grandes occasions et autres événements mondains, est l'apanage d'un certain agent secret britannique ?    ► Indice

Histoire : Quelle usine du 19e siècle employant un personnel aux deux tiers féminin abrite aujourd'hui l'université des sciences sociales de Toulouse ?   ► Indice

Arts & Littérature : Quel objet, utile à de nombreux auteurs du 20e siècle, permet à la fois de recueillir les cendres et de marquer une certaine « distanciation sociale » ?
Indice

Sciences & Nature : Où peut-on trouver un véhicule manœuvré par un pilote, certes chevronné, mais qui ne respecte manifestement pas les consignes affichées dans sa propre cabine ?   ► Indice

Sports & Loisirs : Quel nom donne-t-on à la pratique sportive ou de loisir consistant à « taquiner le goujon » vêtu d'un casque colonial tout en fumant la pipe ?   ► Indice

Et pour vérifier vos réponses, rendez-vous ici !