Arcanes, la lettre


Chaque mois, l'équipe des Archives s'exerce à traiter un sujet à partir de documents d'archives ou de ressources en ligne. Ainsi, des thèmes aussi variés que la mode, la chanson, le cinéma, le feu sont abordés...

VIRAGE


janvier 2022

DANS LES ARCANES DE


Vue panoramique du pic d’Ossau dans les Pyrénées (25 avril 1911). Ludovic Gaurier - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 67Fi92.

Une petite virée, tout schuss


janvier 2022

En découvrant le thème de ce mois, les esprits les plus tortueux ne pourront s’empêcher de se poser LA question. Qui a inventé le virage ? Les sources ne nous renseignent guère. Plusieurs hypothèses sont envisageables : cet individu ne marchait pas droit et il a mal tourné, ou alors il s’agit d’un flâneur appréciant de faire les choses sans hâte, en prenant son temps... car tout le monde le sait, le plus court moyen d’aller d’un point A à un point B est la ligne droite !

Ce dilemme se retrouve dans la pratique du ski. Les uns prennent de larges virages, amples et sinueux tandis que les autres descendent tout schuss. A croire qu’ils ont le feu aux fesses ! Presque... En effet, en allemand, Schuss signifie coup de feu, et lorsqu’un skieur doit accélérer, son entraîneur lui crie « schuss » afin qu’il soit aussi rapide qu’une balle de pistolet. Le terme est aujourd’hui largement employé, même pour motiver nos chers bambins.

Comme en témoigne ce numéro, il existe bien des façons d’aborder les virages, il y a ceux qui les prennent pour arrêter de tourner en rond, ceux qui les observent en appréciant la variation de couleurs qu’ils offrent, ceux qui les ratent et finissent au fossé, ceux qui permettent que nous les prenions en toute sécurité et ceux qui préfèrent les enchaîner en réalisant des tours et des tours de circuit.

Avant de boucler votre journée, venez faire une petite virée avec nous !

ZOOM SUR


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Toulouse, cathédrale Saint-Étienne, tuyauterie du positif de dos. Jean Dieuzaide – Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi_nc_Toulouse5186/4 (tirage issu de la série Les orgues), virage au sélénium

Viré


janvier 2022

Ce n’est pas ce que vous croyez. Il est vrai qu’un virage constitue un changement d’orientation, que le terme peut être pris à la lettre ou à la légère, même si un virage est souvent lourd de conséquences. Point de brutalité ici, restons délicats, comme les virages photographiques.
Le procédé consiste à « combiner le dépôt métallique (argentique donc) avec des métaux nobles comme l’or, le platine, ou des éléments comme le plomb, le sélénium, le souffre, etc. »1. Utilisé dès le 19e siècle pour améliorer la stabilité des tirages, cela permet également de donner une teinte (du jaune au brun, du bleu au rouge en passant par le pourpre) à des photographies monochromes. Si l’on peut pratiquer le virage sur la totalité du tirage il est également possible de se restreindre à certaines parties de l’image, mais cette technique n’est pas une colorisation pigmentaire et n’est pas considérée comme une retouche. 
Nous conservons peu de tirages virés aux Archives municipales. Le fonds Jean Dieuzaide en compte une trente-cinquaine, dont 8 sont actuellement exposés dans la rétrospective Jean Dieuzaide – 60 ans de photographie au réfectoire du Couvent des Jacobins. Parmi les autres, cette photographie issue de la très belle série Les orgues, initiée par une commande de l’État à l’occasion de l’Année du patrimoine en 1980.

 

1 Bertrand Lavedrine, (re)Connaître et conserver les photographies anciennes, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2007, p. 146.

DANS LES FONDS DE


Au prochain virage, à droite !


janvier 2022
 

Dans les années 1960-1970, Toulouse disposait d’une piste de « Prévention Routière » avec fausses signalisations, faux parking, fausses stations essence, mais vrais gendarmes pour faire la circulation !
 

La commune s'investissait dans cette opération en prenant à sa charge le transport des élèves des écoles jusqu’à cet équipement d’utilité publique.


Les plus jeunes des toulousains, à bicyclettes, et les moins jeunes, à motobylettes, pouvaient ainsi y apprendre en toute sécurité les fondamentaux de la route.


De quoi éviter quelques déconvenues au prochain virage !

LES COULISSES


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Statue dite la "Tuffolina", par Odoardo Tabacchi, reproduction en plâtre par l’atelier Giscard, vers 1900. Cyanotype Fabrique Giscard - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 46Fi 2117.

Virer au...


janvier 2022

  ROUGE, en 1733, au quartier du Port-Garaud, le petit Costa est soupçonné d'avoir sévèrement battu un autre enfant ; protectrice, sa mère assure que c'est en fait la mère de l'adversaire qui a giflé son petit Costa d'amour, à tel point qu'il « avoit les joues enflées et rouges, pleurant beaucoup »1. La suite de l’affaire ne sert plus à notre propos, mais est délicieusement riche en insultes échangées entre les parents respectifs.
  BLANC, pour Georges Miquel, se faire traiter publiquement de cocu volontaire et entendre dire que sa femme est une putain, c'est déjà un peu dur à avaler ; mais lorsque la harpie qui l'invectivait accompagna ses mots de gestes violents, c'est à dire qu'elle lui asséna sur l'estomac un poids de une livre, George « changea de couleur et devint fort pâlle »2.
  VERT, pour Marie Blanc, changer de couleur aura été un moment agréable (enfin, on l'espère) ; en effet, on peut dire qu'elle passe au vert le 24 juillet 1792, en s'unissant au coutelier Guillaume Vert3.
  JAUNE, pour Marie Rouziers, ça ne va pas fort en ce moment : « depuis environ trois semaines, la bile répandue dans son corps lui a enlevé ses couleurs naturelles et lui a substitué une jaunisse prodigieuse ». Pire encore, ses nouvelles couleurs lui valent les sarcasmes de Jeanneton qui, dotée d’un « esprit méchant », fait maintenant courir le bruit que sa maladie est toute autre, assurant à qui veut l'entendre que Marie « avait tant fait la putain qu'elle avait attrapé la vérole »4.
  BLEU, faute de trouver des personnes virant au bleu, nous nous rabattrons sur la garde-robe de Margouton, dans laquelle se trouve «  une paire soulliers de peau bleue »5. Las ! Margouton ne portera plus ses beaux souliers, car elle vient de chausser les bottes de sept lieues en s’évadant du quartier de force de l’hôpital où elle était renfermée.
  NOIR, Suzanne Bosc se plaint d’avoir été maltraitée, mais l’accusé répond par l’intermédiaire de son avocat qui se fend d’un superbe factum dans lequel il assure que ladite Bosc plaignante, sujette à une « vapeur noire qui trouble et dérrenge le cerveau »6 serait en fait l’agresseuse et non pas la victime ; le procès qu’elle intente n’étant de fait qu’une « noire calomnie ».
  ARC-EN-CIEL, lessivant du linge à « la fontaine Del Prad, au-dellà de celle de Sainte-Marie, sur le chemin de Saint-Martin du Touch », Catherine se fait agresser par une autre blanchisseuse ; son adversaire « la serra si fort qu'elle faillit à l'étrangler, étant venue de plusieurs couleurs »7.
En hélant par hasard une autre femme dans la rue, Marie Filles « s'apperçeut que lad. femme avoit changé de couleur et s'étoit troublée ». Normal, car Marie ne le sait pas encore, mais l’autre est une receleuse chargée d’un butin – qui conduira son mari à la potence8.
Marie Longuevergne est manchote. Malgré cette affliction qu’il a plu « au bon Dieu de luy donner », elle gagne sa vie comme portefaix. Qu’a-t-elle fait pour que la nommée Chimoncle se jacte ainsi de lui couper son autre bras ? Passant même à l'action, c’est avec une pierre que la Chimoncle lui assène un coup « sur sa teste, dont elle fut estourdie et […] elle changea de couleur »9.
Finissons avec Jeanne Bonnet, danseuse de la comédie de Toulouse, plus connue sous le nom de la Devillier. Ses cheveux sont généralement d'un châtain foncé. Or, lorsque nous la découvrons, au matin du 21 avril 1784, ils « sont venus couleur d'or »10. Quant à son visage, il présente plusieurs nuances subtiles de rouge et de noir, rehaussées par ses « yeux, rouges comme du feu ». Un véritable changement d'apparence, jusqu'à son manteau noir qui affiche maintenant des tons roux et ses gants de soie blanche désormais jaunes. Ce virage chromatique radical s'explique par l'agression à l'acide dont cette jeune étoile (filante) vient d'être victime la veille !

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1 - FF 777/3, procédure # 057, du 14 avril 1733.
2 - FF 789/1, procédure # 002, du 9 janvier 1745.
3 - GG 464, f° 136 verso.
4 - FF 834/1, procédure # 026, du 6 mai 1790.
5 - FF 789/6, procédure # 133, du 21 octobre 1745.
6 - FF 802/2, procédure # 057, du 3 avril 1758.
7 - FF 797/3, procédure # 092, du 6 mai 1753.
8 - FF 811/4, procédure # 071, du 6 avril 1767.
9 - FF 772/2, procédure # 058, du 29 octobre 1728.
10 - FF 828/3, procédure # 46, du 21 avril 1784.

DANS MA RUE


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Ancien garage de la rue de Périole, vue de la rampe d’accès des véhicules, aujourd’hui lieu d’exposition de la galerie l’Imagerie.  Phot. Krispin Laure, 2022 (c) Toulouse Métropole (c) Ville de Toulouse ; (c) Inventaire,  général Région Occitanie, IVC31555_20223100008NUCA.

Virages à 180°


janvier 2022

En 1924, Lucien Galy, mécanicien au faubourg Bonnefoy, fait construire un garage de réparation automobile au n° 22 de la rue du même nom. Peu de temps après, en 1933, son affaire prospérant, il fait édifier un deuxième garage à l’autre bout du pâté de maisons, donnant cette fois-ci sur la rue de Périole. Surmonté de deux étages occupés par des appartements, il ne se distingue que peu des autres immeubles de la rue, contrairement à la façade de la rue du Faubourg-Bonnefoy, surmontée du pignon à redents typique de l’architecture des garages de la 1ère moitié du 20e siècle. 
A partir des années 1920, on assiste à un boom de l’industrie automobile, qui a pour conséquence l’apparition de nouveaux types de bâtiment : les garages de réparation automobile et les parkings. Ces derniers voient leur nombre se multiplier dans les villes après-guerre, tels ceux des Carmes et de Victor-Hugo à Toulouse, témoins de la table rase qui régnait en maître chez les architectes et les urbanistes de l’époque. Après une période de croissance ininterrompue, le choc pétrolier met fin aux Trente Glorieuses et au temps de la « voiture-reine ». Les considérations écologistes actuelles encouragent ce mouvement. De nombreux garages et parkings sont détruits (voir récemment le parking souterrain de la place Belfort) ou adaptés : des places de vélos sont maintenant disponibles dans les parkings des centre-ville. D’autres cherchent aujourd’hui une nouvelle destination. C’est le cas de ces deux édifices qui accueillent l’un un torréfacteur depuis septembre 2020, l’autre une galerie-atelier d’art ouverte en 2018 rue de Périole. Ils ont ainsi fait l’objet d’une requalification a minima, conservant leurs façades des années 1930 et l’aménagement intérieur pour l’ancien garage Renault de la rue de Périole. La rampe d’accès des véhicules au 1er étage, aménagée dans les années 1960, créée ainsi un espace insolite destiné à l’accrochage des œuvres de la galerie d’art. 

A l’opposé de la destruction/reconstruction, la conservation et la réappropriation de ces bâtiments apportent de nombreux avantages en termes économiques et environnementaux, sans compter, considérations toute personnelle, le charme à la fois suranné et dans l’air du temps qui s’en dégage. Bureaux, logements sociaux ou autres, les anciens garages et parkings aujourd’hui abandonnés sont modulables et adaptables à de nombreux usages(1). Alors, en voiture Simone !

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1 - Voir l’article de Paul Smith sur les édifices de l’automobile à Paris : https://www.pavillon-arsenal.com/fr/signe/12013-un-siecle-dimmeubles-pour-automobiles.html

SOUS LES PAVÉS


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Lampe préhistorique décorée en grès découverte dans la grotte de Lascaux, Courrier de l’abbé Glory à Louis Méroc daté du 17 juillet 1960, archives du Service régional de l’Archéologie de Midi-Pyrénées

Au tournant de la gloire, Glory dans un virage


janvier 2022
Les virages ne sont pas les amis de l’humanité et moissonnent des vies parmi les archéologues aussi. Les routes du Gers, sinueuses et vallonnées, n’ont notamment pas bonne réputation et, le 29 juillet 1966, ce fut un « tournant dangereux » à Arrouède qui coûta la vie au préhistorien et abbé André Glory. La Dépêche du Midi qui relata l’accident publia d’ailleurs, dans le goût macabre de l’époque, non pas un portrait de la victime mais une photographie de la voiture fracassée. L’abbé, dont le nom prédestinait à la gloire, était sur le point de l’atteindre grâce à l’étude qu’il menait alors sur les peintures préhistoriques de la célèbre grotte de Lascaux. Cette tâche lui avait confiée dès 1953 par l’abbé Breuil vieillissant, qui appréciait ses talents de dessinateur et qui n’avait pas pu assumer lui-même ce travail. D’où le qualificatif attribué par les médias à Glory, un peu abusivement, de « successeur » de Breuil.
La présence de l’abbé dans notre région en 1966, où il venait faire une conférence au site archéologique de Montmaurin, s’explique par des liens créés quand il était réfugié à Toulouse pendant la seconde guerre mondiale, où certaines de ses frasques n’avaient d’ailleurs pas laissé un excellent souvenir parmi ses collègues. L’une d’elles fut sa tentative très personnelle de confiscation, à la Libération en septembre 1944 et sous le soi-disant mandat des F.F.I., du produit des fouilles à la grotte ariégeoise du Mas-d’Azil. Le fouilleur, Saint-Just Péquart, impliqué dans la collaboration venait d’être exécuté. Le préhistorien toulousain Louis Méroc s’y opposa et, en homme de loi qu’il était aussi, fit mettre cette collection sous séquestre pour la protéger. Glory ne fut pas rancunier et plus tard, en 1960, il écrivait à Méroc pour lui annoncer la découverte à Lascaux d’un artefact exceptionnel : une lampe décorée en grès, dont il griffonna un dessin.

EN LIGNE


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Circuit Daniel-Pescheur, 28 Chemin de la Saudrune. Années 1980. Reportage suivant Dominique Baudis testant le circuit à l'arrière d'une moto pilotée par Daniel Pescheur, officier CRS de la Police Nationale et responsable du circuit. Tirage N&B de 12,8 × 17,9 cm. Pôle image de la direction de la communication - Mairie de Toulouse, Archives municipales, 15Fi11099 (détail).

Sur deux-roues… en ligne droite et dans les virages


janvier 2022
À l’heure où, comme tous les ans, le « Dakar » fait rêver les amateurs de vitesse et de grands espaces, il est bon de rappeler que Toulouse et la moto, c’est une longue histoire… Ce n’est certes ni Le Mans ni Monaco. Mais saviez-vous qu’en octobre 1924 était organisée, par l’automobile club de Toulouse et des Pyrénées, la course de côte de Griffoulet, autour de l’actuelle avenue Jean-Chaubet,qui acceptait aussi les coureurs motocyclistes ? Et connaissiez-vous le club Toulouse Moto Sport, dont faisait partie le pilote Robert Aguirre, et dont les réunions annuelles ne connaissaient, du moins en 1953, ni distanciation sociale, ni gestes barrières ? Peut-être pas.

Ce que vous connaissez par contre certainement, c’est le circuit de Candie, également appelé circuit Daniel-Pescheur, du nom du policier membre des CRS qui effectua le tracé, participa à sa réalisation et géra les infrastructures jusqu'à sa retraite à la fin des années 1990. Dédié aux deux-roues motorisées et destiné à endiguer la montée des rodéos sauvages dans la région toulousaine, il fut créé au début des années 1980 et bénéficia d’un soutien médiatique important, puisqu’ Yves Mourousi, à l’époque présentateur-vedette et « monsieur moto » de TF1, participa même au financement des locaux. À vocation pédagogique, puisqu’il vise à sensibiliser à la sécurité routière les usagers desdits deux-roues, il met à leur disposition, librement et gratuitement, différentes pistes (vitesse, cross, trial, super-motard et éducation routière) qui répondent aux normes en vigueur et leur permettent de s’exercer en toute sécurité.